Ce qu’il faut savoir de la situation en Ukraine

Courrier international / Thierry Gauthé
Ce 24 février, Vladimir Poutine a annoncé le déclenchement d’une “opération militaire spéciale” en Ukraine. Des tirs de missiles et des explosions ont été rapportés dans les principales villes du pays. Comment en est-on arrivé là ? Pour y voir clair, un point sur le contexte et quelques-uns de nos commentaires et analyses tirés de la presse étrangère.

Les derniers événements :

Jeudi 24 février, peu avant 6 heures du matin, Vladimir Poutine a annoncé le déclenchement d’une “opération militaire spéciale” en Ukraine. Quelques minutes après, des explosions ont été signalées près des plus grandes villes d’Ukraine, notamment sa capitale, Kiev. Cette fois, c’est la guerre.

Lundi 21, le président russe avait déjà franchi un cap décisif en annonçant la reconnaissance de l’indépendance des républiques autoproclamées de Louhansk et Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, ordonnant du même coup l’envoi de troupes dans ces territoires. The Guardian observait que le règne de Poutine avait basculé.

Cela faisait plusieurs mois que la tension montait et qu’un intense ballet diplomatique était à l’œuvre pour éviter une guerre. La Russie a massé d’importants moyens militaires à la frontière et exigé des garanties pour sa sécurité nationale, notamment l’engagement que l’Ukraine n’intègre jamais ni l’Otan ni l’Union européenne et soit assignée à un statut de pays neutre. Refus du camp occidental, et notamment de Washington, qui a déployé des troupes en Europe de l’Est.

Si la situation est montée plusieurs fois en tension, comme au printemps 2021, les combats ont en réalité lieu depuis huit ans dans le Donbass. Ils ont fait plus de 14 000 morts. En 2014, la mobilisation sur la place Maïdan est saluée par l’Occident, qui y voit l’aspiration de la société ukrainienne à un rapprochement avec l’Europe et un rejet de la corruption du pouvoir de Viktor Ianoukovitch. Pour Moscou, c’est une opération impérialiste de l’Occident, à ses portes. Très vite, la Russie annexe la péninsule de Crimée et apporte son soutien aux séparatistes prorusses dans les oblasts de Donetsk et Louhansk, qui s’autodéclarent républiques autonomes.

Pour Kiev

C’était inévitable. Malgré les récentes dénégations russes, il était évident que la Russie finirait par attaquer, écrit le journal ukrainien Den, dans cet éditorial qui ouvre notre dossier. “Tant qu’au Kremlin dominera la doctrine de l’impérialisme russe et de la reconstitution de l’Union soviétique, nous vivrons sous cette menace permanente !”

Pour les États-Unis

C’est la fin de l’ordre mondial qui prévalait depuis la fin de la guerre froide. Dans un éditorial (qui figure également dans notre dossier en kiosque), le Washington Post balaie les justifications de Poutine : “L’Ukraine ne mène pas un ‘génocide’ contre une minorité russophone comme l’a prétendu Poutine, mais s’est défendue contre une campagne de déstabilisation organisée par la Russie en 2014 et 2015.” Pour le journal de la capitale américaine :

La véritable raison pour laquelle il s’attaque à l’Ukraine n’est pas la sécurité de la Russie, mais la protection de son propre pouvoir à Moscou, qui serait menacé par une autre expérience démocratique réussie dans une ancienne république soviétique ayant la taille et l’importance culturelle de l’Ukraine.”

Pour la Russie

L’opération déclenchée ce 24 février est une manière d’apporter la paix en Europe, comme l’exprime la presse russe. “Actuellement nous observons l’agonie d’une formation territoriale appelée Ukraine, très prochainement l’ère de la paix attend l’Europe”, écrit notamment le quotidien pro-Kremlin Vzgliad en évoquant un retour à la “stabilité, perdue il y a trente ans”, avec la chute de l’Union soviétique.

Pour les pays voisins et ailleurs à l’étranger

Les trois pays Baltes, préoccupés depuis des semaines, appellent à une présence alliée renforcée sur leur territoire.

Pour la Slovaquie, soutenir sa voisine l’Ukraine est une question de principe et de respect de ses valeurs européennes, estime le journal Denník N.

La Hongrie s’inquiète du sort de la minorité magyare d’Ukraine et d’un probable afflux de réfugiés.

La Bosnie-Herzégovine voit un triste parallèle entre son propre sort et celui de l’Ukraine.

L’Allemagne a annoncé, le 22 février, qu’elle suspendait le gazoduc Nord Stream 2 en réaction à la reconnaissance par Poutine de l’indépendance des républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk.

L’Union européenne a annoncé une première salve de sanctions mardi 22 février.

La Chine se distingue en ne condamnant pas l’attitude de la Russie et en accusant Washington d’être responsable de l’escalade.

Cuba a affiché clairement son soutien à la Russie, “pays frère”.

 

Source : https://www.courrierinternational.com/article/recap-ce-quil-faut-savoir-de-la-situation-en-ukraine