L’angoisse des étudiants testés positifs en période d’examens

Les étudiants positifs au Covid-19, normalement soumis à l'isolement, hésitent à se rendre malgré tout à leurs examens. Les sessions de substitution comportant trop d'inconnues.

Les mesures prises s'annoncent très disparates selon les endroits. Par exemple, pour certaines universités, la session de substitution pourrait prendre la forme d'examens oraux. afp.com/MARTIN BUREAU

“Mes partiels débutent dans une semaine. Je sais que ça peut paraître égoïste, mais j’ai décidé de m’y rendre quoiqu’il arrive, même si je suis positif au Covid“, confiait Valentin, 21 ans, au retour des vacances de Noël, le 3 janvier. “Au moment où je vous parle, je ne sais pas si une autre session sera vraiment organisée pour ceux qui n’auront pu être présents aux examens. Et si oui, dans quelles conditions elle se déroulera, poursuit l’étudiant en master de droit pénal à l’université Paris-II Panthéon-Assas. “Depuis le début de la crise sanitaire, les jeunes ont fait beaucoup de sacrifices. On s’est pliés aux différents confinements, à l’enseignement à distance, la grande majorité a accepté de se faire vacciner [+ de 90%]. Maintenant, on doit penser un peu à nous ! J’ai envie de passer mes concours et de décrocher un travail dans deux ans.” Valentin n’est pas le seul à exprimer son ras-le-bol. Les témoignages en ce sens se sont multipliés ces derniers jours sur les réseaux sociaux. 

 

Le 29 décembre, Frédérique Vidal précisait que les examens et les partiels des universités prévus en janvier seront “maintenus en présentiel”. “La règle a été fixée en novembre” et n’a pas changé, déclarait la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, alors que la pandémie gagnait du terrain en France. Le report ne serait envisagé que si une promotion était particulièrement touchée et qu’un cluster venait à se former. Ce même jour, une circulaire du ministère demandait aux responsables d’universités d’avertir les étudiants : ces derniers ne doivent pas se présenter s’ils sont cas contacts ou infectés par le Covid. Sachant que, selon le point épidémiologique publié le 30 décembre par Santé publique France, le taux d’incidence a bondi de 124% chez les 20-29 ans. “Pour les étudiants soumis à l’isolement et qui se trouveraient alors dans l’impossibilité de participer à une ou plusieurs épreuves, vous veillerez à organiser une session de substitution”, indique encore la circulaire.  

Une mesure qui était réclamée et attendue par la Fédération des associations générales étudiantes (Fage). “L’organisation de cette session bis permettra d’éviter d’aller directement au rattrapage en cas de contraction du virus. Nous sommes donc plutôt soulagés par cette annonce, salue son président Paul Mayaux. Encore faut-il que les modalités soient claires et que cette session ne soit pas organisée trop tard. Elle risquerait, sinon, d’entrer en collision avec les examens de rattrapage. Ce qui, en termes de révisions, s’avérerait compliqué.” Le 4 janvier, soit le lendemain de sa rentrée, Valentin apprenait que la session de substitution, mise en place par son université Paris-II Panthéon-Assas, se déroulerait trois semaines après la fin de la session initiale, soit mi-février. De quoi rassurer – un peu – le jeune homme. “Pour être sincère, si je n’ai pas de symptômes particuliers ou s’ils ne sont que très faibles, je n’irai pas me faire tester. Je préfère rester dans une forme de déni, réagit-il. En revanche, en cas de symptômes importants ou de forte fièvre, je pourrai envisager plus sereinement de ne pas y aller, sachant qu’une autre session sera rapidement organisée derrière.”

Appel à la responsabilité de chacun

Bon nombre d’autres étudiants sont encore dans l’inconnu. Faute de temps ou de moyens, certaines universités ne communiquent pas, ou très peu, sur l’organisation de cette fameuse “session bis”. “La ministre s’est réveillée seulement quatre jours avant les examens, en pleines vacances, alors que les administrations étaient fermées, dénonce Mélanie Luce, présidente de l’Union nationale des étudiants de France (Unef). L’association Etudiants en confinement, créée en janvier 2021 pour venir en aide aux jeunes (cours en ligne, tutorat, soutien moral et psychologique, informations sur l’orientation…) a élaboré un tableau recensant les différentes mesures prises par les facultés sur tout le territoire. “Cela nous a permis de mettre un peu la pression sur les universités. Certaines, réticentes au départ, ont finalement changé d’avis. Ce n’est pas simple car, au sein même des équipes pédagogiques, on se rend compte qu’il peut y avoir des divergences”, explique la vice-présidente Estelle Laurence.

Du côté de la Conférence des présidents d’université, on se veut rassurant. “Lors de notre tour de table, organisé récemment, une quinzaine d’universités penchaient pour l’adoption de cette fameuse session de substitution, explique Guillaume Gelle, vice-président de la CPU. Nous en appelons à la responsabilité de chacun : les étudiants positifs au Covid-19 doivent impérativement s’isoler. Ils auront la possibilité de passer leurs examens plus tard.” Plus tard… mais quand exactement ? Difficile, pour bon nombre d’établissements, de répondre à cette question. Y compris pour Guillaume Gelle, à la tête de l’université de Reims Champagne-Ardenne : “Les modalités seront différentes pour chacune de nos formations. De plus, avant de les mettre en place, nous devons savoir combien d’étudiants seront concernés et donc attendre la fin de la première session.” D’après le ministère, les universités auront entre deux semaines et deux mois pour les organiser.  

“Une véritable usine à gaz”

Ce qui soulève beaucoup de questions sur le terrain. “Il va falloir élaborer de nouveaux sujets d’examens, demander aux professeurs un effort supplémentaire pour assurer les notations, réfléchir aux types de justificatifs d’absence exigés des étudiants, voir si on élargit la possibilité de report aux candidats atteints d’autres maladies… Bref, on est face à une véritable usine à gaz”, s’inquiète Anne Roger, secrétaire générale du Snesup-FSU, syndicat des enseignants du supérieur. Les mesures prises s’annoncent très disparates selon les endroits. Par exemple, pour certaines universités, la session de substitution pourrait prendre la forme d’examens oraux. “Plus simples à organiser si nous n’avons que peu d’étudiants concernés”, précise Guillaume Gelle. Pas de quoi rassurer Léa, inscrite en licence d’histoire dans le sud de la France : “Ce serait un gros coup dur pour moi qui me suis toujours sentie plus à l’aise à l’écrit ! Dans ce cas précis, je considère qu’il y aurait rupture d’égalité.”  

 

“Cette situation est très anxiogène. D’autant que je viens d’apprendre que je suis positive au Covid”, soupire Lola, 21 ans, en troisième année de droit à Paris. “Après avoir beaucoup hésité, j’ai décidé de ne pas me rendre à mes partiels cette semaine. D’abord parce que plusieurs étudiants de mon entourage sont au courant et risquent de parler. Et puis j’ai trop peur de tousser ou de me sentir mal, et donc de me faire repérer”, confie la jeune fille qui espère ne pas avoir trop d’épreuves à repasser. “Je croise aussi les doigts pour ne pas être notée trop sévèrement par les profs qui évalueront les copies de la session de substitution. Ils pourraient considérer que nous avons eu plus de temps pour réviser et donc mettre la barre plus haut.” 

Beaucoup de jeunes confient également leur crainte d’être contaminés au moment des partiels. Pour renforcer la sécurité, certains établissements ont pris de nouvelles mesures. Ainsi, l’université Claude Bernard Lyon-I fournira un masque FFP2 à tous ses étudiants qui passent des examens en présentiel. “Ces masques, qui montrent une plus grande performance, seront distribués au début de chaque épreuve”, précise-t-elle dans un communiqué. L’université Paris-II Panthéon-Assas, en plus de fournir des masques FFP2, mettra à disposition des candidats des autotests. Les personnes à risque, déclarées auprès de la cellule Covid de la faculté, auront également la possibilité de passer une partie des examens dans une salle à part. Mais tous les étudiants ne sont pas logés à la même enseigne et les trous dans la raquette sont encore trop nombreux sur le terrain. “Dans ma fac, l’université Bordeaux-Montaigne, les gestes barrière sont quasiment absents : pas de respect des distances (que ce soit en amphi ou en travaux dirigés), pas d’aération des salles ou très peu, aucune désinfection entre les cours malgré quelques produits à disposition, et bien sûr port du masque aléatoire aussi bien chez les élèves que chez les professeurs”, raconte Alizé, qui ne croit pas à une véritable amélioration à l’approche de ses partiels.  

Source : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/covid-19-l-angoisse-des-etudiants-testes-positifs-en-periode-d-examens_2165523.html