Covid-19 : Vaccination infantile en question(s)

Photo par James Gathany, Judy Schmidt, USCDCP de Pixnio-

A quelques jours de la rentrée, deux scientifiques, Pierre Sonigo et Jean-Marc Sabatier, émettent des réserves et formulent des recommandations sur la vaccination des élèves. Ils sont interviewés par le Dr Jean-Michel Wendling*.

Pierre Sonigo (DR)
Pierre Sonigo (DR)

Pierre SONIGO , Ancien Directeur de Recherche INSERM & Directeur Scientifique – SEBIA

Jean-Marc Sabatier, directeur de recherche au CNRS et docteur en biologie cellulaire et microbiologie, affilié à l’Institut de Neuro-Physiopathologie (INP), de l’Université d’Aix-Marseille.

Jean-Marc Sabatier (DR)
Jean-Marc Sabatier (DR)

Les enfants sont-ils mieux armés que les autres pour affronter le virus ?

Pierre Sonigo- Les coronavirus endémiques qui nous entourent ont été les grands absents de la communication sur le COVID-19 alors qu’ils sont la clé d’une lecture cohérente de la situation. L’immunité croisée induite par ces virus historiques de l’enfance est la meilleure explication de la sauvegarde miraculeuse de nos enfants et jeunes sujets lors du choc émergent de 2020. Ces virus communs ont été éliminés de nos esprits, mais ils ne sont bénins que pour les jeunes sujets préalablement immunisés. par une infection infantile pas trop ancienne et tuent quelques milliers de sujets âgés ou fragiles chaque hiver. Paradoxalement, les projecteurs ont été braqués sur le dernier-né de la famille, le SRAS-COV2, assez traumatisé que nous l’avons été, et à juste titre, par une émergence indéniablement catastrophique.

Y a-t-il une raison de s’inquiéter pour les enfants avec la variante Delta ?

PS – Il faut garder la tête froide et être serein. La communication anxiogène et déroutante est actuellement à son comble, alors que la convergence évolutive a été atteinte entre le SRAS-COV2 et ses cousins ​​endémiques, sous la forme d’une variante à fort tropisme muqueux, extrêmement contagieuse, avec un pouvoir pathogène moindre : nous hurlons au loup avec Delta, alors que nous continuons à ignorer totalement les autres coronavirus qui nous entourent et qui ont exactement les mêmes propriétés virologiques. La différence était uniquement due à la plus faible immunité de la population plus âgée, une différence qui a été bien absorbée aujourd’hui.

Le SRAS-COV2 est aujourd’hui le coronavirus endémique 5ᵉ . Acceptons de vivre avec elle comme nous l’avons fait avec ses prédécesseurs et espérons vivement que les prochains chiffres de l’automne nous permettront de retrouver, à défaut d’une « vie d’avant », un peu de sérénité et du temps pour préparer des actions préventives à long terme et des recherches rigoureuses, en dehors d’un contexte d’urgence.

Les vaccins à ARNm sont-ils bien adaptés aux jeunes ?

Jean-Marc Sabatier – Deux vaccins à ARNm (de Pfizer-BioNtech et Moderna) ont été approuvés en France pour la vaccination des enfants et adolescents (12 à 17 ans). Une dose de vaccin Comirnaty (Pfizer-BioNtech) contient 30 microgrammes d’ARNm encapsulé dans des nanoparticules lipidiques, tandis qu’une dose de vaccin Spikevax (Moderna) contient 100 microgrammes d’ARNm.
Dans le cadre d’une stratégie de vaccination des 12-17 ans (ce qui me semble inapproprié compte tenu de la létalité quasi inexistante du SARS-CoV-2 dans cette tranche d’âge, et du fait que les vaccinés sont également capables de transmettre le virus ), ces posologies initialement développées pour les adultes devraient être adaptées, notamment au vu de la masse corporelle moyenne beaucoup plus faible des plus jeunes et de leur réponse immunitaire plus puissante. Pour ces derniers, une dose de vaccin relativement plus élevée pourrait être nocive et entraîner plus d’effets secondaires, sans nécessairement conduire à une meilleure réponse immunitaire contre le virus. Par exemple, il semble que le vaccin Spikevax (environ 3 fois plus élevé en ARNm que le vaccin Comirnaty) soit associé à une incidence plus élevée de myocardite.

Les cas de myocardite post-vaccination touchent-ils davantage les jeunes ?

JM.S. – En effet, des cas (bien que très rares) de myocardite aiguë, mais aussi de péricardite, sont associés à l’administration de vaccins à ARNm, notamment chez l’homme jeune (14-29 ans). Il s’agit d’une inflammation du muscle cardiaque. Cette affection apparaît généralement dans les trois à quatorze jours, et principalement après la deuxième dose du vaccin : elle nécessite un traitement d’appoint avec des anti-inflammatoires. La myocardite se manifeste par des palpitations ou des arythmies cardiaques, un essoufflement et/ou des douleurs thoraciques soudaines et transitoires.

Quelles sont vos explications ?

JM.S. – A mon avis, la myocardite est, dans ce cas, un effet secondaire probable lié à la suractivation du système rénine-angiotensine (SRA) des cellules myocardiques par la protéine de pointe vaccinale. Le récepteur pro-inflammatoire AT1R du SRA serait directement responsable. Le RAS est différent entre les enfants, les adolescents, les adultes et les personnes âgées. Ces différences supplémentaires pourraient expliquer la susceptibilité accrue des jeunes vaccinés à la myocardite.

Ces complications, qui ont tendance à survenir chez les hommes jeunes, peuvent-elles s’expliquer par un facteur hormonal ?

JM.S. La prévalence plus faible de la myocardite chez les jeunes femmes pourrait être due à la protection cardiovasculaire fournie par les œstrogènes (hormones féminines). Il a été décrit que les œstrogènes protègent contre les maladies cardiovasculaires chez les femmes. Les œstrogènes réduisent le niveau des récepteurs ACE2 (ACE2 = « angiotensin converting enzyme 2 » appartenant au RAS et codé par le chromosome sexuel X). C’est le récepteur auquel la protéine de pointe (virale ou vaccinale) se lie dans le cœur.

Une carence en vitamine D est-elle susceptible de favoriser les effets secondaires du vaccin ou d’affecter son efficacité ?

JM.S. Oui, car il a été démontré que la protéine de pointe du vaccin produite à partir des vaccins à ARNm a le potentiel, comme le SRAS-CoV-2, de se lier à son récepteur ACE2 et de suractiver le RAS. La vitamine D est capable de ralentir la suractivation du SRA en inhibant la production de rénine et va donc contrecarrer l’apparition d’effets secondaires majeurs. Une personne vaccinée et déficiente en vitamine D ne sera pas « armée » pour stopper les effets secondaires du vaccin. C’est pourquoi il est extrêmement important d’avoir un bon statut en vitamine D (40-60 ng de calcidiol par ml de sang) avant toute vaccination, ce qui permet également au système immunitaire de fonctionner de manière optimale.

Est-il possible d’avoir une carence en vitamine D à 18 ans ? Comment savez-vous? Et que faire si vous décidez de vous faire vacciner ?

JM.S. Il est possible d’avoir un déficit (12-30 ng de calcidiol par ml de sang) ou un déficit (<12 ng de calcidiol/mL) en vitamine D quel que soit l’âge. Des études montrent que la majorité de la population française manque de vitamine D. Si vous ne prenez pas de supplément de vitamine D (cholécalciférol = vitamine D3), vous risquez davantage d’être insuffisant ou carencé, car la production de vitamine D3 via les UV solaires et la l’alimentation est généralement insuffisante. Il est donc conseillé de contacter votre médecin pour un dosage et si le niveau est trop bas, procéder à une supplémentation afin d’atteindre un niveau satisfaisant (>40 ng de calcidiol/ml).

*Dr. Jean-Michel Wendling, spécialiste de la prévention en santé au travail à Strasbourg, est consultant scientifique pour infodujour.fr.