Les “non-blancs” sont-ils prioritaires à New York pour recevoir des antiviraux ?

Plusieurs personnalités se sont insurgées sur Twitter contre une note du département de santé de l’État de New York qui mentionne des critères ethniques dans les facteurs à risque donnant la priorité pour l’administration d’antiviraux contre le Covid. La situation, si elle révèle les différences d’approche entre le modèle universaliste à la française et le multiculturalisme américain, n’est pas aussi simple que présentée.

C’est une préconisation qui a fait bondir Coleman Hughes. Ce jeune diplômé de Columbia, présenté par l’Express comme une « figure » des « intellectuels américains noirs qui font entendre une voix critique contre le mouvement antiraciste actuel », a ciblé dans un tweet une note du département de santé de l’État de New York.

Celle-ci inclut des critères ethniques dans les facteurs de risque des individus, permettant l’administration en priorité d’antiviraux et d’anticorps monoclonaux contre le Covid. « Ni la race ni l’ethnicité ne disqualifieront un individu pour recevoir un traitement » répond le département de santé à Marianne. On vous explique.

Prioriser les patients

Alors que ces médicaments sont encore disponibles en quantités limitées, « les fournisseurs devraient prioriser les patients éligibles au traitement, en fonction de leur niveau de risque de contracter un covid […] sévère » écrit le département de santé. Il liste donc dans un tableau différentes situations, en fonction de l’âge des patients et de leurs comorbidités. Par exemple, les plus de 65 ans pas totalement vaccinés qui ont au moins un facteur de risque de contracter une grave maladie ou les immunodéprimés de tous âges figurent parmi le groupe des patients les plus prioritaires.

 

Capture d’écran de la note du département de santé de l’Etat de New York.
DR

Après cette classification, le document comporte quelques notes supplémentaires. C’est l’une de celles-ci qui a suscité la controverse. Être une « personne de race non-blanche ou d’ethnicité Hispanique/Latine devrait être considéré comme un facteur à risque, étant donné que les inégalités systémiques de longue date, de santé et sociales, ont contribué à augmenter les risques de grave maladie et de mort du Covid », affirme la note du département de santé.

Priorité en fonction de l’appartenance ethnique ?

Pour Coleman Hughes, cela revient à affirmer que « le département de santé de l’État de New York autorise les antiviraux pour toutes les personnes de couleur quel que soit leur facteur de risque, mais seulement pour les blancs avec des facteurs de risque ». « Le département de santé de l’État de New York autorise l’administration d’antiviraux aux “Blancs” uniquement s’ils présentent des comorbidités mais aux “Noirs” sans conditions » a embrayé sur Twitter Simone Rodan-Benzaquen, directrice de l’American Jewish Committee (AJC) Europe.

Pourtant, à y regarder de plus près, ce n’est pas aussi simple que ça. Si le fait d’être « non blanc » semble pouvoir en effet être un facteur à risque, avoir seulement un facteur de risque n’est pas suffisant pour se situer dans le groupe prioritaire. Comme expliqué ci-dessus, d’autres critères comme l’âge ou le statut vaccinal sont pris en compte pour y figurer. Pas possible donc d’affirmer que les personnes noires y auraient accès sans autres conditions que le fait d’être « non-blanches ».

En revanche, il est bien vrai qu’en cas de pénurie, le département de santé préconise de prioriser, au sein d’une catégorie, en fonction de l’âge ou du nombre de facteurs de risque, pouvant ici donner un avantage aux personnes non-blanches. Mais Erin Silk, porte-parole du département de santé de l’État de New York assure à Marianne que « ni la race ni l’ethnicité ne disqualifieront un individu pour recevoir un traitement ».

« Le guide pour la priorisation vient directement du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies [l’une des principales agences fédérales de protection de la santé aux États-Unis, N.D.L.R.], ajoute-t-il, et doit être lu dans son entièreté pour avoir le bon contexte. » Avant de conclure : « La pauvreté systématique, qui a clairement été prouvée comme étant un facteur à risque dans les populations de l’État de New York et à travers les États-Unis, est ajouté au mécanisme de priorisation similairement à tous les autres facteurs de risques. Cela est simplement mentionné comme un facteur qui augmente le risque. »

Taux de mortalité plus élevé chez les Afro-Américains

Car cette recommandation ne sort pas de nulle part. Plusieurs études ont montré que les personnes issues de minorités raciales avaient proportionnellement plus de chances de mourir ou de contracter des formes graves aux États-Unis. Le Monde montrait par exemple qu’au 9 juin 2020, après la première vague, le taux de mortalité lié au Covid-19 aux États-Unis était de 61,6 morts sur 100 000 habitants pour les Afro-Américains contre 26,2 pour les Blancs non hispaniques.

Une conséquence directe des inégalités sociales. « La précarité économique est un facteur de risque supplémentaire puisque moins d’un travailleur afro-américain sur cinq peut télétravailler alors qu’ils occupent, de surcroît, des emplois qui les mettent plus souvent en première ligne face à l’épidémie » expliquait par exemple le quotidien.

Universalisme vs. multiculturalisme

Le 27 décembre, c’est cette fois une note du département de santé de la ville de New York (à distinguer de l’État de New York) qui recommandait, dans la même lignée, de considérer « la race et l’ethnicité » lors de l’évaluation des risques d’un individu en vue de l’administration des traitements. Contacté par Marianne, le département de santé de la municipalité précise que sa note fait partie d’un ensemble de préconisations à destination des professionnels de santé et de toute personne qui s’inscrit par mail pour les recevoir. Il assure lui aussi que « personne ne se verra refuser un traitement en raison de sa race ou de son ethnicité ».

En réalité, cette controverse souligne surtout la différence de modèle entre le système de santé français et celui américain. Distinct de l’approche universaliste à la française, le modèle américain qui a recours aux statistiques ethniques privilégie une vision de la société en communautés. Difficile d’imaginer une telle recommandation en France.

Source : https://www.marianne.net/monde/ameriques/covid-les-non-blancs-sont-ils-prioritaires-a-new-york-pour-recevoir-des-antiviraux

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