Crise alimentaire: Moscou rejette les accusations des Occidentaux, données de la FAO à l’appui

Tandis que les données des Nations unies ne présagent pas d’une baisse majeure de la production, des stocks ou des échanges commerciaux des céréales, Moscou voit dans l’augmentation des prix une conséquence des politiques occidentales.

Accusée par les Occidentaux d’être responsable de la crise alimentaire qui se profile, la Russie a tenu à – de nouveau – mettre les points sur les i, données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à l’appui.

Dans un message publié sur le compte Telegram de la diplomatie russe ce 21 juin, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova souligne à quel point les chiffres de la FAO peignent un tableau différent de la situation décrite par les Occidentaux, selon qui l’opération militaire russe en Ukraine serait à l’origine de tous les maux.

Et pour cause : selon les estimations de la FAO publiées début juin, la production céréalière mondiale devrait augmenter de 0,9 % en 2022 pour atteindre un record de 2 800,8 tonnes. Le stock de clôture (stock restant en fin d’année après consommation) devrait s’établir à 850,1 millions de tonnes, notablement au-dessus de celui de l’année dernière (833,2 tonnes).

La diplomate fait remarquer que le rapport stocks/utilisation des céréales s’élèvera à 30,5 %, ce qui est supérieur à la moyenne : «Cela signifie qu’il y aura davantage de céréales dans le monde.»

Autre donnée importante, celle des échanges mondiaux. Sur la période 2021/2022, la FAO estime qu’ils s’établiront à 475,4 tonnes, soit légèrement en deçà de l’année précédente (479,3 tonnes), mais très au-dessus de la période 2019/2020 (439,2 tonnes). Et dans les détails, les échanges de blé (192,1 tonnes) seront, eux, supérieurs aux années précédentes (189,2 en 2020/2021, 183,8 en 2019/2020). 

Les prédictions de l’instance onusienne pour la période 2022/2023 ne laissent pas elles non plus entrevoir de baisse significative de la production ou du commerce des céréales.

«Les représentants de l’Occident utilisent toutes les tribunes, y compris l’ONU, pour accuser la Russie de réduire par ses actions la quantité de céréales disponibles sur le marché, ce qui aurait […] fait grimper les prix du blé et d’autres céréales. En réalité, il y a plus de céréales sur le marché que les années précédentes, et les échanges commerciaux sont également en hausse», note Maria Zakharova.

Si la diplomate russe se réjouit d’une augmentation des stocks mondiaux de blé, c’est la réduction des exportations de céréales depuis l’Ukraine, liée à l’opération militaire russe, qui est souvent pointée du doigt pour son rôle dans l’inflation. Pour rappel, la Russie et l’Ukraine assurent à elles deux 30% des exportations mondiales de blé. Néanmoins, le chef d’Etat russe Vladimir Poutine a récemment expliqué qu’il existait plusieurs pistes pour parvenir à exporter le blé d’Ukraine malgré le conflit en cours.

Inflation et sanctions : la responsabilité de l’Occident ?

En tout état de cause, Maria Zakharova attribue à d’autres facteurs que la chute des exportations depuis l’Ukraine, la hausse des prix qui menace la sécurité alimentaire de millions de personnes : parmi ces facteurs, elle évoque les erreurs commises par l’Occident dans les prévisions de sa politique agricole, ou encore une transition mal conçue de l’Europe et de l’Amérique du Nord vers l’énergie verte, basée sur l’introduction forcée de biocarburants.

Deux autres facteurs majeurs ne seraient en outre pas à négliger : l’inflation mondiale, résultat direct des mécanismes financiers et monétaires utilisés par l’Occident avec une vision courtermiste, et enfin les «sanctions illégitimes» qui ont mis à mal les flux marchandises-monnaies établis.

«Quant à savoir si la famine est un scénario réaliste, les experts sont de plus en plus nombreux à prévoir une issue pessimiste. Ils pensent que de nombreuses nations seront touchées et qu’un nombre encore plus important d’entre elles se retrouveront dans la misère», souligne la porte-parole de la diplomatie russe, pour qui «les régimes occidentaux, qui sont à l’origine et ont provoqué la destruction, doivent être tenus pour responsables».

Avant Maria Zakharova, d’autres responsables russes s’étaient exprimé sur la problématique, dont le président Vladimir Poutine qui avait attribué «cette mauvaise situation du marché alimentaire mondial» aux politiques de relance massives des Etats-Unis après le déclenchement de l’épidémie de Covid-19 en 2020. Il avait en outre noté le rôle de choix énergétiques européens – la rupture de contrats à long terme pour la livraison de gaz naturel, la promotion d’un «agenda vert» – dans l’augmentation des prix.

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