Derrière le programme du candidat Macron, les recommandations de McKinsey

Emmanuel Macron n’a pas envoyé son programme sous forme de PowerPoint aux Français. Sur la forme, cependant, ses 21 pages coordonnées par son « associé » Alexis Kohler s’inspirent des tableaux chers à McKinsey.

Les recherches du cabinet de conseil infusent le projet électoral d’Emmanuel Macron dans bien des domaines : retraite, travail, chômage, éducation. Démonstration.

Emmanuel Macron n’a pas envoyé son programme sous forme de PowerPoint aux Français. Sur la forme, cependant, ses 21 pages coordonnées par son « associé » Alexis Kohler s’inspirent des tableaux chers à McKinsey : elles listent « quelques engagements simples » « trois pactes d’audace » ; des actions rapides dont les résultats seront systématiquement publiés. Sur le fond, les similitudes, presque mot pour mot, interpellent…

Derrière la retraite à 65 ans

Dans son rapport « The Future of work in Europe » (Le futur du travail en Europe), le McKinsey Global Institute (MGI) – 2 000 pros de la recherche et de l’intelligence économique – déclinait, dès juin 2020, ses préconisations aux gouvernants : « La population active du Vieux Continent va s’effriter de 13,5 millions, soit 4 %, à horizon 2030 », prévenait notamment Sven Smit, son directeur. « L’Europe a besoin d’augmenter son taux d’emploi afin d’absorber cette baisse […] Pour doper cet emploi, les gouvernements nationaux devraient envisager de larges réformes du marché du travail et des retraites […] Logiquement, ils peuvent commencer par mobiliser les actifs laissés de côté […] y compris des seniors de plus de 55 ans. »

Dans le cas contraire, martelait-il, « embaucher pourrait devenir un défi pour les employeurs ». D’autant plus que « 15 à 50 % des actifs vont devoir changer de poste ». Pour mémoire, en 2017 – saison 1 du macronisme –, le bureau parisien de McKinsey invitait, dans ses « 10 enjeux pour la France à l’horizon 2022 », à « limiter tous les dispositifs pouvant inciter à sortir prématurément de la vie active, tels les plafonds d’âge, comme l’a fait le Royaume-Uni ». Messages entendus par l’Élysée…

Ainsi, bien que la France soit moins sous pression que l’Allemagne – le nombre de ses citoyens en âge de travailler augmentera encore de 46 000 par an jusqu’en 2040, contre 123 000 jusqu’en 2020 (source COR) –, Macron, candidat du « plein-emploi, si c’est possible ! » fait feu de tout actif pour élargir l’offre de travail. « Cela passe par le travail de tous… en faisant en sorte que chacun travaille plus au cours de son existence. » En saison 2, élu, il entend repousser l’âge légal de la retraite de quatre mois par an jusqu’à 65 ans. « Mécaniquement, le taux d’emploi des seniors se décalera avec l’âge légal » assure-t-il. Il supprimera « les principaux régimes spéciaux [EDF, RATP] pour les nouveaux entrants ». Il promet enfin un cumul emploi-retraite « plus simple et plus avantageux ». Liquider sa pension, puis la bonifier en retravaillant : les consultants adorent !

Derrière la pensée « stratège »

Las, travailler plus longtemps ne suffit pas, estiment les chercheurs du MGI dans « Social spending : managing a $5 trillion challenge » (Dépenses sociales : manager un défi de 5 000 milliards de dollars), rapport publié en 2019. Car, accros aux gains de compétitivité, ils affirment que le fossé se creuserait entre pays « stars » (États-Unis, Chine), qui investissent massivement dans l’intelligence artificielle, et les autres. Or, comme dans cette révolution 15 à 50 % des actifs devraient changer de poste, « cette flexibilité accrue du marché du travail va coûter cher en formation, en accompagnement du chômage », alerte le MGI. Leur nouveau mantra ? « Les dirigeants doivent penser en stratège leurs dépenses sociales qui croissent le plus rapidement dans leurs budgets. » Le « stratège » Emmanuel Macron veut donc « rendre plus stricte l’assurance chômage quand trop d’emplois sont non pourvus ». Et conditionner le RSA à une « activité effective qui permet l’insertion » : formation, stage en entreprise, travail rémunéré au minimum au smic.

Derrière le « tout-automatisé »

Dans le même temps, Macron prétend « simplifier la vie » des plus modestes en instaurant une « solidarité à la source sur le modèle de l’impôt à la source ». De quoi s’agit-il ? De verser directement aux ménages qui y ont droit toutes leurs aides (RSA, APL, etc.) pour en finir avec les non-recours comme avec les trop-perçus. Surtout, cette distribution informatisée du « pognon de dingue » permettrait des économies. C’est ce que font miroiter les célèbres parangonnages internationaux de McKinsey : « Notre travail avec un service de dépenses sociales démontre que 40 % de ces activités peuvent être automatisées détaille le cabinet dans l’article précité. Cela permet aux services sociaux de faire face à des pics d’activité consécutifs aux chocs mondiaux. Un service social national a estimé que l’automatisation de 15 tâches a boosté sa productivité de 80 %. Ce qui lui a permis de former des employés à de nouvelles tâches tout en réduisant les emplois à temps plein. » Et voilà comment Macron candidat entend déployer des guichets uniques supplémentaires, des maisons France services, rouvrir quelques sous-préfectures et même un numéro unique avec, promis juré, un humain en bout de ligne…

Derrière le programme scolaire

Autre sujet clé sur lequel Emmanuel Macron et McKinsey cultivent des affinités déconcertantes : l’éducation. Dans « Inégalités, un défi persistant et ses implications » (juin 2019), cosigné par Karim Tadjeddine, codirecteur de l’activité « secteur public » au bureau de Paris de McKinsey, on lit : « Une éducation primaire et secondaire efficace va devenir indispensable dans une phase de transition vers l’automatisation du futur […] Les écoles […] doivent se concentrer sur les compétences du futur, développer la créativité et la capacité des élèves à résoudre des problèmes complexes. » Et, CQFD, les auteurs insistent sur la nécessité de développer « les cours de science, de technologie et de maths ».

Afin de donner à tous les enfants « les mêmes chances » Emmanuel Macron propose, lui, en 2022, d’« augmenter les compétences nécessaires aux métiers de demain, à commencer par les mathématiques », et de publier localement « tous les indicateurs de réussite éducative ». S’il est élu, les enseignants, eux, gagneraient plus en acceptant notamment de nouvelles missions. Pile-poil : sur ce chantier, McKinsey a déjà rendu deux « livrables » (des mini-rapports) au ministère de l’Éducation nationale en 2019.

Sur deux tableaux publiés par l’excellente commission d’enquête sénatoriale « sur l’influence croissante des cabinets de conseil sur les politiques publiques », les consultants listent trois « options de design ». En substance, d’abord, que « les profs perçoivent des primes individuelles lorsque leurs élèves atteignent des résultats définis par leur rectorat, évalués de manière “randomisée” [aléatoire] par leur inspection générale ». Ensuite, que « des directeurs partagent une prime d’établissement entre les membres de leur collectif éducatif » ; enfin, que « des avantages en nature [en points d’indice] soient proposés à tout le personnel d’une école, selon une grille liée à son projetmajoritairement disciplinaire” ».

Ce chambardement commencerait par l’identification d’« acteurs modèles » qui porteraient un récit « célébrant le progrès vers le changement ». « Des pistes exploratoires qui reprennent un peu trop ce que le ministère de l’Éducation nationale veut faire », a évalué la direction interministérielle de la Transformation publique. C’est tout dire…

Source : https://www.marianne.net/politique/macron/derriere-le-programme-du-candidat-macron-les-recommandations-de-mckinsey

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