Ehpad : après la société Orpea, au tour de Bridge d’être mise en cause

La gestion des Ehpad est surveillée depuis le scandale Orpea (image d'illustration).

Le scandale autour des dysfonctionnements de certains Ehpad se poursuit. Selon une récente enquête de France info, le gestionnaire Bridge aurait multiplié les manquements au détriment des conditions de vie des résidents.

Comme l’a rapporté France info dans une enquête mise en ligne le 22 avril, le gérant d’Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Bridge est mis en cause pour de «graves manquements».

D’après des documents que la radio publique a pu récupérer, la direction aurait par exemple demandé à la directrice d’un Ehpad de procéder à des suppressions de postes, à l’origine d’une dégradation des conditions de vie des résidents. La directrice aurait ensuite elle-même été renvoyée pour «insubordination» et avoir refusé les suppressions de postes.

Toujours selon France info, le groupe Bridge aurait créé une situation de sous-effectif dans un Ehpad qu’il a racheté en Alsace, où il aurait annoncé, dès son arrivée «la suppression des primes de remplacement, d’assiduité et de participation qui représentent entre 100 et 150 euros net sur le salaire d’une aide-soignante». Selon le media, «certains jours», les résidents ne sortiraient pas de leur lit. L’Agence régionale de santé (ARS) Grand Est aurait d’ailleurs été alertée «après l’afflux de témoignages circonstanciés» de familles et de salariés auprès du Conseil de vie sociale de l’établissement. Contactée par France info au sujet de cet Ehpad, l’ARS aurait répondu avoir conscience du «climat social dégradé» et des «difficultés de ressources humaines».

France info a constaté qu’en cinq ans, Bridge avait acquis 34 établissements «soit un peu plus de 2 000 lits» en France. La radio dévoile d’autres mauvais traitements supposés dans les établissements rachetés comme la constatation, par une visiteuse, d’un résident se retrouvant «seul dans le couloir, les mains pleines d’excréments».

Contactée par France info, la direction du groupe Bridge a répondu «que si dysfonctionnements il y avait eu, ils étaient antérieurs à la reprise des établissements par le groupe».

Des ARS surveillent des Ehpad du groupe Bridge

France info précise que plusieurs Ehpad du groupe Bridge sont «dans le viseur des ARS», celles-ci recevant «des signalements de familles et de salariés du groupe». L’une des ARS aurait même placé l’un des Ehpad de Normandie sous «administration provisoire début mars en raison de “dysfonctionnements graves”», même si la tutelle a ensuite été «levée par le tribunal administratif de Caen».

D’après un document interne au groupe Bridge publié par la radio, 19 établissements sur 34 pratiqueraient «la surcapacité», c’est-à-dire qu’ils accueilleraient «plus de résidents que les ARS ne l’autorisent». Bridge a répondu à France info : «Nous n’avons jamais dépassé sur l’année l’occupation autorisée pour les places financées. Lorsqu’il arrive que des établissements disposent de chambres surnuméraires, elles sont soit dédiées aux familles, soit à l’accueil de personnes âgées autonomes qui souhaiteraient bénéficier de la sécurité d’un habitat collectif et des services associés (restauration, hôtellerie, animations).»

Au début de l’année 2022, un autre groupe, Orpea, leader mondial de l’hébergement des personnes âgées, a été au cœur d’un scandale après la parution du livre Les Fossoyeurs, une enquête du journaliste Victor Castanet qui dénonçait un système de course au profit au détriment des résidents d’Ehpad, avec des soins d’hygiène, une prise en charge médicale et des repas «rationnés» par souci de rentabilité. Plusieurs enquêtes sont en cours en France.

Article original : RT France