Emmanuel Macron annule son voyage au Mali : le variant omicron a bon dos

Prétextant le respect des mesures sanitaires, le Président n’ira pas à Gao pour le traditionnel dîner de Noël avec les soldats français. En réalité, il évite surtout une rencontre minée avec le colonel Goïta, chef de la junte malienne.

par Célian Macé

Le mot d’excuse «Covid» est tombé à point nommé : le voyage d’Emmanuel Macron au Mali, prévu lundi, a été annulé par «souci de cohérence avec les mesures sanitaires nationales» annoncées par le Premier ministre, Jean Castex, ce vendredi soir, indique l’Elysée. Pas de dinde partagée avec les soldats en opération à Gao, alors que les Français vont passer, pour la seconde fois, des fêtes sous cloche sanitaire. L’inoffensif rituel présidentiel du dîner de Noël avec les troupes risquait-il vraiment d’«exposer notre dispositif sécuritaire» au Sahel ? L’escale de quelques heures planifiée à Bamako semblait autrement plus périlleuse. Emmanuel Macron devait y rencontrer, pour la première fois, le colonel Assimi Goïta, chef des putschistes et président de la transition.

«Discussion non-conclusive»

Or la relation entre Paris et la junte au pouvoir depuis le coup d’Etat de l’été 2020 est au plus bas. Le désengagement partiel de Barkhane (qui a fermé ses bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou ces derniers mois) a jeté un froid à Bamako. Les négociations secrètes entre les autorités maliennes et la société militaire privée russe Wagner ont ajouté à la crise. Puis l’étirement du calendrier de la transition – qui devait déboucher sur des élections en février prochain – a alimenté la suspicion sur la sincérité des putschistes dans leur volonté de rendre le pouvoir aux civils.

 

«La situation politique au Mali a compliqué la discussion», reconnaît l’Elysée, même si elle jure que «ce n’est pas ce qui a provoqué l’annulation de la visite du président de la République». Plusieurs points de blocages, pourtant, semblaient déjà compromettre la tenue de l’entretien Macron-Goïta. A commencer par le format de leur discussion. La France souhaitait y associer le Ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), et le Tchadien Mahamat Idriss Déby, président en exercice du G5 Sahel. Les Maliens, hôte de la rencontre, ont refusé. Goïta n’étant vraisemblablement pas enchanté à la perspective de subir une triple pression internationale au palais de Koulouba. «La discussion était non-conclusive à ce stade, admet pudiquement l’Elysée. Le juge de paix a malheureusement été la crise sanitaire.»

Incapacité à dialoguer

Emmanuel Macron entendait passer «deux messages» à Goïta : «La clarification du cadre politique de la transition, en appui de la Cédéao» – que la France replace soigneusement en première ligne sur ce dossier – et le «respect des engagements pris au sommet de N’Djamena» sur le plan de l’action sécuritaire et du retour de l’Etat dans les zones abandonnées. Deux thèmes sur lesquels le président de la transition malien se passera volontiers des leçons du chef de l’Etat français. A Paris, certaines voix estimaient aussi le déplacement présidentiel de plus en plus hasardeux : l’ambiance électrique au Sahel sur la présence française, de plus en plus contestée, et les coups de menton nationalistes des autorités maliennes, pouvant déboucher sur une séquence diplomatique dommageable pour l’image du Président.

«Il n’y avait finalement que des coups à prendre, résume un observateur à Bamako. En invitant Akufo-Addo et Déby, les Français ont voulu montrer qu’ils ne court-circuitaient pas les institutions régionales, et éviter les accusations de deal façon Françafrique. Mais les Maliens n’avaient pas envie de se faire sermonner publiquement.» Paradoxe : en annulant la visite présidentielle, Paris et Bamako s’épargnent un nouvel accès de fièvre diplomatique, que les deux capitales sentaient monter. Mais elles font en même temps la démonstration de leur incapacité à dialoguer sereinement.

Un avion circulera bien, toutefois, entre Paris et Bamako : il livrera comme prévu le repas de Noël imaginé par le cuisinier de l’Elysée aux 2 800 soldats stationnés à Gao. Tout n’est pas tout à fait perdu pour tout le monde.

Source : https://www.liberation.fr/international/afrique/emmanuel-macron-annule-son-voyage-au-mali-le-variant-omicron-a-bon-dos-20211217_RGWLPKHGX5BCNJIT7EHDTZ7JNE/#Echobox=1639773360

One thought on “Emmanuel Macron annule son voyage au Mali : le variant omicron a bon dos

  • Comme ce monsieur dit tout et son contraire, je suis sur qu’il “retournera sa veste”.

Commentaires fermés.