En Martinique, où l’obligation vaccinale provoque de fortes tensions, le gouvernement annonce une médiation

Une plainte a été déposée, lundi, par le préfet après des « menaces et messages d’incitation à la haine visant notamment des soignants » lors d’une manifestation.

Un soignant prépare une dose du vaccin Pfizer-BioNTech contre le Covid-19 en Martinique, le 30 août 2021.

Face à la recrudescence des tensions en Martinique en lien avec la mise en place du passe sanitaire, le ministre de la santé, Olivier Véran, a annoncé au Sénat, mardi 26 octobre, l’envoi d’une médiation afin de « rétablir les conditions d’un dialogue serein avec l’ensemble des parties prenantes pour que la loi s’applique », qualifiant la situation locale de « complexe ».

Serge Letchimy, président du conseil exécutif de Martinique, a salué cette décision qu’il avait appelée de ses vœux. Cette médiation « est un impératif pour retrouver la voie du dialogue sur notre territoire », a-t-il réagi sur Twitter, après avoir alerté, samedi, contre le risque d’une dégradation de la situation en Martinique.

De fait, la résistance d’une partie des soignants face à l’obligation vaccinale tend le climat tant avec leurs collègues vaccinés qu’avec les autorités.

Lundi, le préfet du territoire, Stanislas Cazelles, a porté plainte « suite à des menaces et messages d’incitation à la haine visant notamment des soignants », d’après un communiqué cité par la chaîne de télévision La 1ère, en Martinique.

Un cercueil orné d’une tête de chèvre

Le représentant de l’Etat vise notamment les slogans entendus lors de la manifestation contre la vaccination obligatoire qui s’est tenue, lundi, dans les rues de Fort-de-France et qui a mobilisé près de 1 500 personnes, selon la police. Un cercueil orné d’une tête de chèvre a été déposé devant la préfecture, précise La 1ère.

Le vendredi précédent, des « insultes et propos racistes » auraient été tenus envers des médecins du Centre hospitalier universitaire de Martinique (CHUM), raison qui expliquerait également la plainte du préfet, toujours selon La 1ère.

Selon le calendrier de l’agence régionale de santé (ARS), les professionnels de santé devaient justifier de l’injection d’au moins une dose de vaccin à partir de lundi pour exercer leur fonction. Au 14 novembre, ils devront présenter un schéma vaccinal complet.

Plus de 1 000 personnes (soignants, étudiants infirmiers, assistants dentaires, ou encore employés médico-sociaux ou de pharmacies) ont alors répondu à la nouvelle mobilisation lancée par l’intersyndicale de la santé. Ils réclament notamment l’abandon de l’obligation vaccinale. « Les suspensions ont commencé dans certaines pharmacies où les employés savent désormais qu’ils ne peuvent plus travailler s’ils ne sont pas vaccinés. Les demandes de dérogations n’ont pas été validées », ont expliqué des employés de pharmacie cités par l’Agence France-Presse.

Montée des violences physiques et verbales

Des contrôles avaient commencé, dès le 11 octobre, avec la mise en place du passe sanitaire obligatoire pour les salariés et intervenants des établissements recevant du public. Depuis, des mobilisations de différents corps de métier se sont régulièrement tenues. Une intersyndicale de santé composée de cinq organisations opposées au dispositif avait, notamment, perturbé des opérations de contrôle de passe avec des sit-in devant le CHUM.

Le directeur du CHUM, Benjamin Garel, avait déjà condamné, le 15 octobre, dans un communiqué cité par Karib’Info, une montée des violences physiques et verbales qui « entravent le fonctionnement des services de soins, l’accès à proximité des consultations externes et le suivi administratif de l’établissement ». Le 18 octobre, la justice avait ordonné aux manifestants de libérer l’accès au CHU avec une astreinte de 500 euros par jour.

D’après des représentants des médecins libéraux et hospitaliers, « 2 000 professionnels de santé martiniquais, dont 90 % des médecins », ont « fait le choix responsable de la vaccination »

Les syndicats avaient déposé parallèlement un recours en excès de pouvoir auprès du tribunal administratif, qui devra prochainement rendre sa décision. Six syndicats de la santé ont également fait savoir samedi, en présence d’un collectif d’avocats, leur intention de déposer plainte contre X pour des manquements présumés dans la gestion de la crise sanitaire en Martinique. Signe que cette situation divise le personnel soignant, les représentants des médecins libéraux et hospitaliers de l’île se sont déclarés, lundi, dans un communiqué, « meurtris par le climat de violence qui règne à l’hôpital », rappelant que « 2 000 professionnels de santé martiniquais, dont 90 % des médecins », ont « fait le choix responsable de la vaccination ».

Cependant, « nous n’avons jamais choisi d’être en guerre contre les soignants qui n’ont pas franchi le pas de la vaccination. Nous n’avons jamais choisi d’être en conflit avec nos frères et sœurs de soin. Nous regrettons qu’ils ne l’aient pas fait, c’est tout », ajoutent-ils.

Que la loi « s’applique, mais avec le bon jugement »

Dans un premier temps, Olivier Véran et Benjamin Garel avaient réaffirmé qu’il n’y aurait pas de dérogation à cette obligation vaccinale. Mardi, le ministre de la santé a ajouté devant le Sénat tenir « compte, tout de même, de la réalité sanitaire, de la charge de travail qui repose aujourd’hui sur les directeurs d’hôpitaux et sur les équipes médicales et soignantes ». Il a notamment « demandé à ce que la loi s’applique mais qu’elle s’applique avec le bon jugement ».

Olivier Véran a surtout demandé à ce que l’on fasse « progresser la vaccination ». Au 21 octobre, la Martinique comptait près de 32 % de personnes pleinement vaccinées, selon le ministère de la santé, contre près de 90 % pour la population parisienne.

Au 22 octobre, le taux d’incidence s’élevait à 136 pour 100 000 habitants en Martinique contre 85 dans la capitale. Des centres éphémères et des « vaccibus » sont déployés pour favoriser la vaccination face à une protection jugée, à ce jour, insuffisante par le ministre de la santé.

Au regard de la situation sanitaire qui « reste préoccupante », selon la préfecture de Martinique, le couvre-feu est maintenu de 19 heures à 5 heures et les commerces ont une jauge limitée à huit mètres carrés par personne.

Source : https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/obligation-vaccinale-une-m-c3-a9diation-envoy-c3-a9e-en-martinique-pour-calmer-les-tensions/ar-AAPYGB6

One thought on “En Martinique, où l’obligation vaccinale provoque de fortes tensions, le gouvernement annonce une médiation

  • Ils ont raison de continuer le blocus l’état met des règles mais si le peuple ne le sent pas il faut mettre les dirigeants au vaccin obligatoire aussi

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