Face à la contestation au Canada, Trudeau invoque une loi d’exception

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a annoncé lundi le recours exceptionnel à la loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin aux blocages “illégaux” des manifestants anti-mesures sanitaires en cours dans le pays depuis plus de deux semaines.

 

“Le gouvernement Trudeau prend les grands moyens pour régler la crise qui perdure depuis plus de deux semaines au centre-ville d’Ottawa, et qui s’est étendue à des points de passage frontaliers du pays”, constate Le Devoir. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a invoqué lundi 14 février la loi sur les mesures d’urgence, plongeant “tout le pays dans l’état d’urgence pour démanteler l’occupation de camionneurs contre les mesures sanitaires”. Et ce “même si le Québec et d’autres provinces n’en voulaient pas”.

“Cette décision sans précédent marque la première fois que la loi est déclenchée au Canada”observe The Globe and Mail. Adoptée en 1988, cette loi d’exception avait “remplacé la controversée Loi sur les mesures de guerre qui avait été utilisée par le Premier ministre Pierre Elliott Trudeau”, le père de Justin Trudeau, en 1970, “lors de la crise d’Octobre”retrace La Presse. 

La loi sur les mesures d’urgence “est destinée à être invoquée dans une situation de crise nationale qui met temporairement en péril la prospérité de l’ensemble du pays ou excède la capacité ou les pouvoirs d’intervention des provinces”, précise Le Devoir. “Cela ne dédouane pas les pouvoirs publics du respect des droits fondamentaux des individus.” 

L’armée ne sera pas déployée

“Concrètement”, explique La Presse, elle “confèrera aux policiers des pouvoirs additionnels pour donner des amendes ou emprisonner des gens bloquant des sites jugés stratégiques”.

Elle permet au gouvernement fédéral de “limiter les manifestations publiques, notamment celles qui bloquent les routes”, ou de “forcer les entreprises à fournir des services essentiels, ce qui, dans ce cas, pourrait s’appliquer aux société de remorquage” qui, menacées par des manifestants, étaient “réticentes” à déloger les camions, détaille le National Post. Elle “permet également d’utiliser l’armée” pour le maintien de l’ordre, mais M. Trudeau a assuré, lors de sa conférence de presse à Ottawa lundi, qu’elle ne serait pas déployée.

Le chef du gouvernement “s’est du même coup défendu de ‘limiter la liberté d’expression’ ou de ‘​manifester’”, souligne La Presse. Les nouvelles mesures seront “limitées dans le temps et géographiquement” et proportionnelles aux menaces contre la sécurité du Canada, a-t-il déclaré.

Lors de cette allocution, la vice-première ministre du Canada et ministre des Finances Chrystia Freeland a elle fait planer la menace du “bâton financier”, selon les mots du Globe and Mail. “Si votre camion est utilisé, votre compte sera gelé et vos assurances seront suspendues”, a-t-elle dit, ajoutant que le gouvernement voulait “suivre l’argent”.

“Envenimer la situation”

Quelques heures avant l’annonce par M. Trudeau du recours exceptionnel à la loi sur les mesures d’urgence, lors d’une séance de questions au gouvernement au Parlement, “les partis d’opposition remis en doute” son utilisation, “après des semaines d’inaction du Premier ministre”, écrit La Presse“Est-ce que (le Premier ministre) ne croit pas qu’il pourrait envenimer la situation au de la calmer ?”, a interrogé la cheffe intérimaire du Parti conservateur, Candice Bergen. 

Après la prise de parole du chef du gouvernement, “les manifestants ont continué à klaxonner”, à Ottawa, “et aucun ne semblait bouger”, rapporte le National Post. Depuis le début de la mobilisation, note le journal, le maintien de l’ordre “a été minimal” dans la capitale fédérale, “la police locale n’ayant arrêté qu’un petit nombre de manifestants et n’ayant pas tenté de dégager les rues principales”.

Source : https://www.courrierinternational.com/article/apres-des-semaines-dinaction-face-la-contestation-au-canada-trudeau-invoque-une-loi