«Il n’y a pas eu de manifestation ce week-end» : LCI prise en flagrant délit de désinformation

Manifestation le 3 septembre à Paris derrière le mot d'ordre "Résistance"

La chaîne d’information a présenté des excuses après avoir nié l’existence d’une manifestation qui s’est bien déroulée le 3 septembre dans la capitale française. Elle avait faussement mis en cause une opération de «propagande russe».

LCI a-t-elle un problème de déontologie et de vérification de l’information ? Dans l’émission «Un œil sur le monde» diffusée le 5 septembre, les journalistes et commentateurs présents sur le plateau ont livré une interprétation pour le moins douteuse d’un reportage diffusé sur la chaîne russe Russia One, et nié l’existence d’une manifestation qui a bien eu lieu dans la capitale française le 3 septembre. Le présentateur de la chaîne s’est excusé le lendemain.

Consacré à la crise énergétique en Europe, ledit reportage évoquait les crispations et l’inquiétude liées à l’augmentation des prix de l’énergie. «De plus en plus de gens réalisent que cette crise aurait pu être évitée sans les sanctions contre la Russie et que quelqu’un doit répondre de leurs conséquences», introduit le présentateur russe, avant d’illustrer le sujet par les images d’une manifestation parisienne organisée par le mouvement de Florian Philippot, Les Patriotes. En évoquant «plusieurs centaines de manifestants» protestant contre «la politique des autorités, qui selon eux n’aide en rien la population à supporter les conséquences de la crise économique» et scandant «Macron, démission!», la séquence ne faisait guère que rendre compte de la mobilisation.

Mais, de retour en plateau après la diffusion de cet extrait, le présentateur de LCI, Julien Arnaud, affirme : «Il n’y a pas eu de manifestation ce week-end, ce n’est pas du tout vrai.» Et d’incriminer une opération de «propagande russe». Il est suivi par l’une des participantes, qui met en cause «les calculs de Vladimir Poutine» destinés à «faire croire que l’Europe se divise». La télévision russe est ainsi jugée coupable de détournement et de manipulation, puisqu’elle aurait décrit une mobilisation qui n’a pas existé.

Philippot appelle l’ARCOM à réagir

Problème : la manifestation «Résistance» figurait à l’agenda de l’AFP et a bien eu lieu, même si, concurrencée par une manifestation des propriétaires de deux-roues contre le stationnement payant dans le capitale, et une autre de soutien à l’imam Hassan Iquioussen, elle n’a pas fait l’objet d’une couverture médiatique très dense. «Alors là j’en tombe de ma chaise !», s’est offusqué Florian Philippot en commentant cet extrait. «Elle a bien eu lieu. Il y avait du monde. LCI était informée et invitée», a-t-il martelé. 

Le leader des Patriotes a ensuite publié des photos de la mobilisation du 3 septembre et appelé l’Arcom (l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) à «taper du poing sur la table rapidement» face à cette «désinformation».

Egalement présent à la manifestation, Charles-Henri Gallois, président de Génération Frexit, a fait part de son indignation en publiant une vidéo de son discours à «la manifestation qui n’a jamais eu lieu d’après LCI !».
Julien Arnaud s’est excusé dans un tweet le 6 septembre, reconnaissant «une erreur regrettable» et promettant de la corriger «naturellement».

La chaîne a certes présenté ses excuses, mais l’un de ses éditorialistes, Renaud Pila, a relancé la polémique en plateau en affirmant que la manifestation litigieuse était dirigée «contre le pass sanitaire» et non pas contre la politique du gouvernement et les sanctions adoptées à l’encontre de Moscou. Selon lui, les médias russes se seraient emparés d’«une belle image» et l’auraient détournée.

 «Nouvelle fake news de LCI», a dénoncé Florian Philippot, invitant les journalistes de la chaîne à faire preuve «d’un peu de sérieux», puisque le rassemblement était dirigé «contre le rationnement énergétique, les sanctions, pour la sortie de l’OTAN». Parmi les affiches et panneaux portés par les manifestants que l’on aperçoit sur les photos figurent en effet des slogans tels que «sortir de l’OTAN» et «contre le rationnement».

Il ne s’agit pas du premier «incident» dans la couverture médiatique du conflit ukrainien et de ses répercussions : fin août, France 2 avait dû présenter ses excuses à ses téléspectateurs à la suite de la diffusion d’un sujet sur les frappes contre la centrale nucléaire de Zaporojié, au cours duquel une cheminée avait été présentée… comme un missile.