ITALIE : le 15 Octobre pourrait être une journée pleine de problèmes pour les transports

Il est à craindre que les grèves et les problèmes d’organisation liés à l’obligation du passeport vert n’entraînent des perturbations et des désagréments généralisés.

 

Le vendredi 15 octobre pourrait être une journée de grande confusion, de retards, de perturbations et de problèmes pour divers secteurs, notamment la logistique et le transport, en raison de la mise en œuvre de l’obligation du laissez-passer vert sur les lieux de travail et des protestations annoncées des travailleurs. Les experts et les reportages prévoient, au moins localement, d’éventuelles pénuries dans les supermarchés, des retards dans la distribution des marchandises (y compris les denrées périssables), des services de transport public réduits, des ports bloqués, une collecte des déchets inefficace et un trafic autoroutier congestionné.

La plus redoutée est celle des grèves et des protestations des travailleurs opposés à l’obligation du passeport vert, qui pourraient s’avérer bien plus graves que les questions sur lesquelles les inquiétudes se sont concentrées au départ, comme les difficultés d’organisation des contrôles. Si certains aspects sont au centre du débat, comme l’impossibilité pour ceux qui ne sont pas vaccinés de prendre rendez-vous pour un prélèvement ces jours-ci, d’autres sont moins considérés : par exemple, le fait que de nombreux chauffeurs routiers viennent d’Europe de l’Est et sont donc vaccinés avec le Spoutnik russe, qui n’est pas reconnu en Italie.

Enzo Bandoni, responsable de la division transport du groupe Laghezza de La Spezia, une entreprise qui travaille dans le secteur de la logistique maritime et portuaire, déclare : “Nous estimons qu’entre 20 et 30% des travailleurs viendront travailler sans laissez-passer vert. Beaucoup prendront le tampon, mais ceux qui ne le feront pas rentreront chez eux. Nous nous conformerons aux dispositions du DPCM”. Les travailleurs qui n’ont pas de laissez-passer vert et qui ne veulent pas se faire écouvillonner ne seront pas payés : “Nous faisons appel à des transporteurs qui sont nos employés et qui perdront leur journée de travail, et à des soi-disant “propriétaires exploitants”. Dans ce dernier cas, nous ne leur paierons pas le voyage. Le tampon, comme dans la grande majorité des cas, ne sera pas payé par l’entreprise.

La Confindustria s’oppose vivement à la possibilité d’offrir des tampons gratuits aux travailleurs sans laissez-passer vert. Carlo Bonomi, président de l’association des industriels, a déclaré dans une interview au Corriere della Sera : “Les entreprises ont engagé un certain nombre de coûts très importants pour garantir les emplois. Franchement, rejeter les coûts du Pass Vert sur les entreprises ou sur la fiscalité générale ne me semble pas correct”. C’est une situation qui risque également de provoquer un affrontement entre les travailleurs, entre ceux qui sont vaccinés et ceux qui ne le sont pas.

Les manifestations annoncées créent un état de tension que le ministère de l’Intérieur tente de maîtriser, notamment en surveillant les chats et les sites où se rencontrent les plus extrémistes du mouvement contre le Pass Vert. La crainte est que des épisodes, bien que plus modestes, semblables à celui de samedi dernier au siège de la CGIL à Rome ne se reproduisent. A Milan, un autocollant avec une croix gammée appliquée sur le symbole de la CGIL a été trouvé dans un dépôt de l’Atm, la société municipale de transport.

Stefano Malorgio, secrétaire général de la Filt-Cgil-Fédération italienne des travailleurs du transport, déclare : “Nous disons depuis de nombreux mois que nous devons arriver à la réunion préparés, ce qui ne semble pas avoir été le cas. Nous, à la CGIL, sommes alors passés pour les opposants au Pass Vert, maintenant nous sommes attaqués comme si nous étions les créateurs des règles. La vérité, c’est que nous connaissons le monde du travail, nous savions que nous allions devoir affronter des journées compliquées. Le secteur des transports est extrêmement délicat, même si le nombre de personnes sans certificat n’est pas aussi important qu’on le craignait, il y aura des difficultés. Il est difficile de remplacer les conducteurs de train, les chefs de train, et en général tous les professionnels spécifiques.

Le point central de la manifestation est le port de Trieste, où la présence de travailleurs hostiles au passeport vert est la plus importante : sur 950 travailleurs portuaires, 40 % n’ont pas de certificat. Malgré les tentatives de médiation, la coordination des travailleurs portuaires continue de menacer d’un blocus total si la “suppression du laissez-passer vert” – évidemment impossible – n’intervient pas. La demande a ensuite été réduite à un report de l’entrée en vigueur de la règle, auquel le gouvernement semble s’opposer. Mais de Trieste, la protestation s’est étendue aux ports de Gênes, La Spezia, Livourne, Savone, Civitavecchia et Gioia Tauro, où l’on parle d’autres grèves.

À Gênes, Antonio Benvenuti est le consul de la Compagnia Unica Lavoratori Merci Varie, le représentant des camalli, les travailleurs du port. Il explique qu’environ un travailleur sur cinq ne dispose pas d’un certificat vert. L’exploitation du port ne sera probablement pas menacée, mais il y aura certainement quelques désagréments, dit-il. Contrairement à leurs collègues de Trieste, les dockers génois se limitent, pour l’instant, à demander des écouvillons gratuits. “Par rapport à d’autres régions du Nord-Est, où la propension à la vaccination est moindre, il y aura certainement de gros problèmes”, affirme encore Malorgio. “Il faut aussi dire que dans ces territoires, comme il est maintenant clair, une forte instrumentalisation par les partis de droite a eu lieu.”

Ce qui pourrait se passer vendredi inquiète de nombreuses entreprises. La protestation concerne les secteurs les plus divers. Chez Elettrolux Italia à Susegana, dans la province de Trévise, une grève de huit heures a été déclenchée pour vendredi matin. Cela se produira, peut-être même spontanément, dans de nombreuses autres entreprises. Iuri Tiberti, de la société de transport Embassy Freight Service à Santa Vittoria di Gualtieri, dans la province de Reggio Emilia, a déclaré au Post : “Le risque est qu’à partir de demain, les perturbations inévitables affectent non seulement les entreprises mais surtout leurs clients. Si le transport s’arrête, les marchandises ne seront pas livrées, c’est aussi simple que cela”.

Les protestations de ceux qui refusent le laissez-passer vert ne sont pas les seules à poser problème. “De nombreux chauffeurs routiers”, poursuit Tiberti, “sont roumains, turcs ou moldaves, ou en tout cas originaires de pays où sont administrés des vaccins qui ne sont pas valables en Italie. Ces travailleurs n’ont pas fait le choix de refuser le vaccin mais ils ne peuvent pas bénéficier du “laissez-passer vert”. La crainte du ministère de l’intérieur est, entre autres, que les chauffeurs de camions bloquent les autoroutes, une menace contre laquelle on ne peut pas faire grand-chose. Nous soulevons depuis longtemps le problème des travailleurs étrangers”, explique M. Malorgio, “in extremis, le gouvernement a élaboré un règlement visant les chauffeurs de camions étrangers d’entreprises étrangères, qui pourront entrer en Italie même sans laissez-passer vert, à condition de respecter les règles de sécurité”. Toutefois, le problème des travailleurs étrangers travaillant dans des entreprises italiennes n’a pas été résolu.

Il y a un autre problème pour ceux qui décident de faire un prélèvement à la dernière minute. Il est désormais difficile de réserver un test dans les prochains jours : ceux qui s’y prennent tard risquent de ne pas pouvoir se rendre au travail.

Les ports et les autoroutes ne sont pas les seuls à risquer des blocages et des perturbations majeures. Des problèmes substantiels peuvent également se poser au niveau des transports locaux. Les syndicats assurent qu’environ 90 % des 100 000 travailleurs du secteur ont été vaccinés, mais les représentants de la CISL ont fourni au gouvernement des chiffres différents, selon lesquels un chauffeur sur quatre de la société de transport municipal de Milan n’a pas été vacciné. Le secteur des transports locaux est en tout cas un secteur qui risque d’être en difficulté même si un pourcentage assez faible de travailleurs manque.

Une différence de chiffres similaire existe dans les forces de police, où, selon certains syndicats, 20 % du personnel n’a pas de laissez-passer vert, alors que le ministère de l’intérieur n’en a mentionné que 8 %. Toutefois, les chiffres sont plus élevés dans les départements mobiles, c’est-à-dire précisément ceux dédiés à l’ordre public et qui, potentiellement, risquent d’être plus occupés dans les prochains jours. Selon les syndicats, la situation la plus difficile serait à Florence, où près de 40% des agents ne pourraient pas se rendre au travail.

Une autre situation résolument compliquée est celle des aides familiales, généralement appelées soignants et aides domestiques : les estimations sont compliquées, mais les associations professionnelles estiment que le pourcentage de personnes non vaccinées se situe entre 30 et 50 %. La majorité, cependant, ne sera pas contrôlée, car de nombreuses familles n’ont pas d’alternative et ne peuvent se permettre de s’en passer. Selon le décret gouvernemental, la famille devrait empêcher toute personne sans certificat d’entrer dans son appartement. Le risque est d’être condamné à une amende comprise entre 400 et 1 000 euros. Quant aux indépendants et aux artisans appelés dans les foyers pour effectuer des travaux (plombiers, maçons, carreleurs), la réglementation prévoit qu’ils doivent avoir un laissez-passer vert. Mais le client qui a fait appel au professionnel pour un travail ne doit pas demander le certificat.

Dans l’administration publique, on estime que seuls 8 à 10% des travailleurs ne sont pas certifiés, et il en va de même pour la grande distribution. Plus problématique semble être la situation du travail agricole saisonnier, notamment lors de la récolte des raisins, des pommes ou des olives. On estime que sur les quelque 400 000 travailleurs employés dans les campagnes, au moins 25 %, soit 100 000 personnes, sont sans certificat. Le problème est grave car, comme l’a expliqué Ettore Prandini, président de Coldiretti, l’activité agricole est liée aux cycles saisonniers des cultures et ne peut être arrêtée. Il est nécessaire de faciliter l’accès aux personnes en règle et, selon Coldiretti, de permettre aux bénéficiaires de la sécurité sociale, aux étudiants et aux retraités de collaborer temporairement aux activités dans les champs.

Source : https://www.ilpost.it/2021/10/14/problemi-trasporti-venerdi-green-pass/