Joe Biden en mode offensif à Taïwan

Un destroyer de la marine des Etats-Unis dans le détroit de Taïwan, le 22 novembre 2021Sipa Press

Craignant que la Chine soit tentée par une opération à la Russe contre Taipei, le président américain multiplie les initiatives pour rassurer les Taïwanais

Les faits :

Le 7 février, les Etats-Unis ont approuvé un contrat de 100 millions de dollars visant à renforcer le système de défense antimissile Patriot de Taïwan. Sa mise à niveau « contribuera à améliorer la sécurité de l’île et à maintenir la stabilité politique, l’équilibre militaire et l’économie dans la région », a-t-on expliqué au Pentagone.

Tandis qu’ils observent la mobilisation des Européens face à l’agression russe contre l’Ukraine, les Etats-Unis ont choisi de maintenir la pression sur l’autre dossier chaud qui pourrait aboutir à une intervention armée : celui de la Chine. Taïwan, dontcelle-ci veut la réunification, y compris par la force, figure en tête des priorités américaines. A Washington, certaines voix estiment que Pékin pourrait profiter de la crise ukrainienne, qui concentre les efforts des Occidentaux, pour mener une opération visant à ramener la « province rebelle » dans le giron chinois. Au moment où la plupart des pays asiatiques, à l’exception notable du Japon, de la Corée du Sud et de Singapour, se montrent hésitants à suivre les Occidentaux sur le terrain des sanctions à l’encontre de Moscou, Taipei a annoncé son soutien à l’exclusion de la Russie de Swift ainsi que l’envoi de 27 tonnes de fournitures médicales à l’Ukraine. Lundi, la présidente Tsai Ing-wen a réitéré son engagement à défendre la liberté, la démocratie et les droits de l’homme. « Seul un pays uni peut affronter l’instabilité et surmonter les défis », a-t-elle déclaré lors d’une cérémonie commémorant le soulèvement du 28 février 1947 réprimé violemment par le pouvoir local.

Dissuasion. De tels propos ne peuvent que satisfaire les Etats-Unis, qui ont fait de la défense des valeurs démocratiques l’un de leurs principaux chevaux de bataille. Dans une zone où ils tentent de renforcer leur présence depuis la mise en œuvre de la stratégie du « pivot asiatique » voulue par Barack Obama, Joe Biden, son ancien vice-président devenu l’hôte de la Maison Blanche, multiplie les actes de soutien vis-à-vis de Taïwan tout en manifestant sa présence militaire à l’égard de Pékin. Le 26 février, dans le cadre de ce qu’ils appellent une activité de routine, les Américains ont fait passer un navire de guerre dans le détroit de Taïwan, geste que Pékin a immédiatement qualifié de « provocateur ». Il s’agit de dissuader les Chinois d’une éventuelle tentation de mener une opération militaire contre l’île.

Dans le même temps, Joe Biden a décidé de dépêcher, à Taipei, une délégation de cinq anciens hauts responsables de l’armée et de la sécurité nationale dans le but d’exprimer le soutien indéfectible de son administration à Taïwan à un moment où « des forces extérieures pourraient tenter de manipuler la situation en Ukraine et affecter le moral de la société taïwanaise », comme l’a expliqué, la semaine dernière, la présidente taïwanaise. Parmi les membres de la délégation, on trouve l’ancien chef d’état major de l’armée, Michael Mullen, et l’ancienne responsable de la stratégie au Pentagone, Michèle Flournoy, ce qui donne une forte tonalité militaire à ce déplacement, qui s’inscrit dans la volonté récente des Etats-Unis de multiplier les échanges de haut niveau avec les autorités taïwanaises alors que depuis 1979, date de la rupture des liens diplomatiques entre les Etats-Unis et Taïwan, les Américains avaient renoncé à ce type de déplacements.

Tsai Ing-wen et son ministre de la Défense, Chiu Kuo-cheng, devraient rencontrer les membres de la délégation qui resteront à Taipei jusqu’à mercredi soir alors que l’ancien secrétaire d’Etat de Donald Trump, Mike Pompeo, arrivera lui-même sur l’île où il sera reçu par la présidente et les principaux représentants de l’Etat. Ces initiatives à l’égard de Taïwan devraient susciter de vives réactions du côté chinois, où l’on s’inquiète de plus en plus d’une éventuelle tentation des Américains de remettre en cause le principe d’une seule Chine sur lequel Pékin s’appuie pour réclamer une réunification avec Taipei. Iront-ils jusqu’à battre le fer tant qu’il est chaud ? C’est la question à un million de yuans !

Source : https://www.lopinion.fr/international/joe-biden-en-mode-offensif-a-taiwan

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