La « fragilisation psychique » des jeunes est « incontestable », alertent plusieurs rapports

70 % des étudiants se disent en situation de mal-être, selon une étude de l’institut CSA pour la mutuelle étudiante LMDE. Un chiffre alarmant faisant écho à de nombreux autres rapports, publiés récemment, qui alertent sur la dégradation de la santé mentale des jeunes salariés, des étudiants ou encore des adolescents.

Le lundi 11 juillet, une enquête du CSA pour la mutuelle étudiante LMDE, révélée par France Info, pointait du doigt le « tableau assez sombre de la santé psychique des jeunes ». La semaine dernière, une étude, menée cette fois par l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès, alertait sur ces 35 % de jeunes hommes de moins de 35 ans ayant déjà pensé sérieusement à se suicider. Des rapports qui viennent s’ajouter à celui, réalisé par le groupe de protection sociale paritaire et mutualiste à but non lucratif Malakoff Humanis, qui relate la hausse de la dégradation de la santé mentale des salariés de moins de 30 ans. On l’aura compris, tous les signaux sont au rouge pour la jeunesse du pays.

Un mal-être lié à la crise sanitaire

Sans surprise, la crise sanitaire et l’enchaînement des multiples confinements ont eu un rôle primordial dans la détérioration de l’équilibre psychique des Français, en particulier des plus jeunes. Comme le rappelle le médecin-psychiatre Michel Debout, auteur de l’étude commandée par la Fondation Jean-Jaurès, « les travaux d’Émile Durkheim et de son disciple Maurice Halbwachs ont montré que chaque grande crise économique et sociale se traduit par une progression significative de la mortalité par suicide observée dans chaque pays, et ce au cours des années qui suivent la dégradation du tissu économique et social ». 

Ainsi, à la question « Avez-vous déjà envisagé sérieusement de vous suicider » 28 % des moins de 35 ans ont répondu favorablement contre 10 % des personnes âgées de 65 ans et plus. Des résultats qui font dire à Michel Debout que « les jeunes ont payé le prix fort de la crise sanitaire et des mesures de confinement ». Cette « fragilisation psychique incontestable », souvent liée à l’isolement imposé par les restrictions sanitaires ou à l’absence de rencontres due à la fermeture des amphithéâtres et des lieux de réunions, s’observe également dans les résultats de l’étude du CSA pour la LMDE. Pour Fabrice Griere, le directeur général de la mutuelle, la crise sanitaire a « coupé tous les étudiants de tout lien de socialisation ». 68 % de la population estudiantine estiment en effet que le Covid a négativement impacté leur vie étudiante et plus de la moitié font ce constat sur leurs interactions sociales avec leurs proches. 

Chez les jeunes travailleurs, le virus a tout autant fait des ravages. Selon l’étude de Malakoff Humanis, les arrêts maladie sont fortement impactés par la dégradation de la santé mentale, particulièrement marquée depuis le début de la crise sanitaire. 43 % des salariés qui jugent leur santé mentale médiocre ont été arrêtés en mars 2022 (contre 18 % pour l’ensemble des salariés). Ce chiffre atteint 51 % chez les moins de 30 ans. Durant la première partie de l’année, 56 % des jeunes travailleurs se déclarent fatigués ou épuisés, contre 49 % en 2019. De plus, 22 % disent consommer des somnifères, des anxiolytiques ou des antidépresseurs (contre 11 % en 2019).

Les moins de 18 ans ne sont pas non plus épargnés par les effets de la crise sanitaire. Comme l’explique Libération dans un article traitant des tentatives de suicides chez les adolescents, « le nombre de passages aux urgences pour des gestes suicidaires a augmenté de 35 % chez les 11-17 ans sur l’année 2021 par rapport à 2018 et 2019, avec une hausse plus marquée encore chez les 11-14 ans (+52 %). Quant aux hospitalisations pour des troubles de l’humeur, l’augmentation atteignait même 60 % sur la même période chez les 11-17 ans, dont 79 % chez les 11-14 ans».

Une jeunesse précaire

Toutes ces enquêtes mettent également en avant l’importance de la situation financière dans l’altération de la santé mentale de la jeunesse. Michel Debout explique en partie l’émergence de pensées suicidaires par la précarité sociale et la pauvreté vécue à cet âge. 45 % des étudiants s’estiment d’ailleurs en difficulté financière. Des chiffres corroborées par d’autres études, comme celle de la Fédération des Associations Générales Étudiantes, qui estime qu’en 2022, plus de 60 % des étudiants rencontrent des difficultés pour se nourrir correctement.

Le manque d’argent peut également conduire les jeunes à reporter ou renoncer aux soins, ces derniers pouvant pourtant leur apporter une aide psychologique précieuse. Ainsi, 37 % des salariés de moins de 30 ans sont concernés par cette problématique. Parmi les raisons évoquées pour l’expliquer, le manque de temps (38 %), les difficultés à obtenir un rendez-vous (29 %) et les raisons financières (28 %).

Les effets cumulatifs du dérèglement climatique et de la guerre en Ukraine 

Plus surprenant, le dérèglement climatique et la guerre en Ukraine pourraient être partiellement responsables de la dégradation de la santé mentale des jeunes. Ainsi, les deux tiers des étudiants interrogés dans l’étude du CSA pour la LMDE déclarent être inquiets quant à l’avenir de la société française et des générations futures, tandis que 80 % se disent pessimistes vis-à-vis du changement climatique. Pour Fabrice Grièse, ces résultats sont à lier avec ce que les psychologues appellent « éco-anxiété », qui « ferait le lit d’autres troubles ». 

La pédopsychiatre Julie Rolling évoque dans les colonnes de Libération un « effet cumulatif » entre la crise sanitaire, la guerre en Ukraine, la menace d’une crise économique ou le dérèglement climatique, des facteurs qui font que « beaucoup d’adolescents montrent des difficultés à se projeter vers l’avenir, avec une perte de confiance globale envers les adultes à qui ils reprochent ce qu’il arrive à la planète ». Pour Sylvie Tordjman, chef du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de Rennes, au stress chronique de la crise sanitaire sont venus s’ajouter d’autres événements anxiogènes, rendant les adolescents encore plus vulnérables. 

La situation décrite par l’étude comparée de ces différentes enquêtes est, à bien des égards, alarmante. Pour Michel Debout, « les pouvoirs publics devraient décider d’une action prioritaire pour venir en aide et en soutien à tous ces jeunes qui traversent depuis la Covid-19 une fragilisation psychique incontestable ».

Source : https://usbeketrica.com/fr/article/la-fragilisation-psychique-des-jeunes-est-incontestable-alertent-plusieurs-rapports