Le pétrole remonte à 80 dollars pour la première fois depuis trois ans

La demande de pétrole est poussée par la reprise économique et la hausse du prix du gaz. L’offre est toujours amputée par le passage de l’ouragan Ida dans le golfe du Mexique.

Le brent n'avait plus franchi la barre des 80 dollars depuis octobre 2018.

La reprise est là, et cela se ressent sur le marché du pétrole. Alors que début 2020, le prix du brent avait plongé à 16 dollars en raison de la paralysie complète de l’économie mondiale, il a dépassé les 80 dollars ce mardi, du jamais vu depuis trois ans. Depuis le début de l’année, il progresse de 54 %.

Le brent, référence européenne, gagne 0,84 % ce mardi pour atteindre 80,20 dollars. Même tendance pour le WTI, référence américaine, qui grimpe de 1,32 % à 76,32 dollars, non loin des 76,40 dollars atteints début octobre 2018.

Cette remontée des cours s’explique par une demande solide en sortie de crise et une offre de pétrole encore restreinte. La vaccination et l’assouplissement des restrictions, la reprise des trafics aérien et routier soutiennent la demande en carburant en Europe et en Amérique du Nord.

Les tensions sur le marché du gaz dopent également la consommation de pétrole, notamment en Chine. Les industriels se tournent vers le brut pour produire de l’électricité car le gaz est trop cher ou tout simplement indisponible.

Forte demande et offre limitée

Le recours au charbon, dont le prix a presque doublé, est impossible pour des raisons de pollution : les autorités chinoises essaient de limiter la pollution en amont des Jeux Olympiques d’hiver en 2022 pour préserver le ciel bleu au-dessus de Pékin. Les mesures antipollution ont d’ailleurs conduit à de nombreuses coupures de courant à travers le pays.

Du côté de l’offre, la production américaine souffre toujours des conséquences de l’ouragan Ida. Dans le golfe du Mexique, les extractions de pétrole étaient à la mi-septembre encore 16 % inférieures à leur niveau normal. Depuis que l’ouragan a touché les côtes américaines fin août, ce sont 27,4 millions de barils qui ne sont pas sortis de terre, calculent les analystes de Commerzbank.

Au sein de l’Opep et de ses partenaires, dont la Russie (Opep +), la production est, elle aussi, moins importante que prévu. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les pays du groupe ont extrait en août 860.000 barils de moins que ne le prévoyait l’accord, principalement en raison de perturbations en Angola, au Nigeria et au Kazakhstan. Dans le pays d’Asie centrale, la situation semble toutefois s’améliorer, avec une production revenue à 1,75 million de barils par jour.

Dans cet environnement, les stocks de brut ont tendance à baisser à un rythme effréné. Au point que Goldman Sachs juge improbable que l’Opep + parvienne à rééquilibrer le marché dans les mois qui viennent. Selon les experts de la banque, le baril de pétrole va toucher les 90 dollars avant la fin de l’année.

« Par rapport au gaz naturel, la situation du marché pétrolier paraît banale, reconnaît Gordon Gray, d’HSBC, mais la discipline au sein de l’Opep + est suffisante pour soutenir les cours ». Chez Barclays, les équipes de recherche ont d’ailleurs relevé leurs prévisions de 9 dollars pour 2022, avec un brent à 77 dollars en moyenne et un WTI à 74 dollars.

Début septembre, l’organisation et ses alliés ont acté une hausse progressive de la production , avec la mise sur le marché de 400.000 barils supplémentaires tous les mois et ce, jusqu’en septembre 2022. L’Opep + se réunit lundi prochain pour entériner une nouvelle hausse de production.

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/petrole-le-prix-du-brent-depasse-80-dollars-au-plus-haut-depuis-2018-1349899