Le « zéro-covid » chinois, nouvelle menace pour l’inflation mondiale

Les blocages de Shanghai et d’autres villes chinoises pour lutter contre le Covid mettent les usines sous tension. Certaines sont obligées de fermer, d’autres voient leurs coûts de production se renchérir.

Des conteneurs dans le port en eaux profondes de Yangshan à Shanghai. (Aly Song/REUTERS)

Les usines chinoises sont sous tension alors que de nombreuses villes à travers le pays multiplient les campagnes massives de tests, les mises en confinement et les restrictions de transport dès l’apparition du moindre cas du variant Omicron. En mars, les prix à la production ont progressé plus rapidement que prévu, reflétant la pression sur les coûts causés par la guerre en Ukraine et les dysfonctionnements croissants dans les chaînes d’approvisionnements en Chine.

L’indice des prix à la production (PPI) a progressé de 8,3 % en rythme annuel, selon les données officielles publiées lundi, en léger ralentissement sur un mois mais supérieur aux attentes du consensus (7,9 % selon les économistes interrogés par Reuters).

Des restrictions pour 193 millions de personnes

La deuxième économie mondiale a dû faire face en mars à une résurgence de l’épidémie du Covid-19 sur son territoire et à une chute de l’activité manufacturière et dans les secteurs des services . Et les choses ne vont pas en s’améliorant. Dernier grand pays à pratiquer une politique « zéro Covid », la Chine fait face à sa plus grande vague épidémique depuis la levée du confinement de Wuhan il y a deux ans. Plus de 26.000 nouvelles infections ont été signalées pour dimanche à Shanghai, un record absolu, malgré le strict confinement prolongé des 26 millions d’habitants enfermés chez eux, pour certains depuis presque un mois.

Au sud de la Chine, Canton, métropole de 18 millions d’habitants et épicentre de l’« usine du monde » vient de mettre en place, lundi, des restrictions après la découverte de vingt cas de Covid-19 en fin de semaine qui pourraient être, selon les autorités locales, la seule pointe de l’iceberg. De son côté, Pékin a placé sous contrôle samedi une zone à haut risque après la confirmation de huit cas de Covid au cours des deux dernières semaines. Quelque 23 villes chinoises sont en confinement total ou partiel, affectant environ 193 millions de personnes dans des zones représentant 13,6 % du PIB chinois, estimait Nomura la semaine dernière.

Perturbations importantes

« Les mesures actuelles prises pour tenter de contenir la récente épidémie de Covid-19 en Chine provoquent des perturbations importantes, allant de la logistique et la production tout au long de la chaîne d’approvisionnement en Chine », s’alarme Joerg Wuttke, président de la Chambre européenne de commerce en Chine dans une lettre adressée aux autorités chinoises que les « Les Echos » ont pu consulter.

Confrontées à une hausse des matières premières, les usines chinoises font également face à un casse-tête logistique, les restrictions sanitaires croissantes compliquant drastiquement le travail des chauffeurs routiers. « Trouver des solutions de transport est un travail acharné quotidien », constate un industriel français qui, faute de camion, fait transporter sa marchandise sur des barges remontant le fleuve Yangtze. Une solution deux fois plus coûteuse mais impérative pour maintenir l’activité de l’usine.

A Shanghai mais aussi un peu partout en Chine, des usines sont fermées car elles n’arrivent pas à recevoir leurs matières premières et à faire partir leurs produits finis. « Cela va avoir un impact évident sur le reste du monde », pronostique l’industriel. « Certains produits chinois seront moins nombreux et donc plus coûteux », estime Joerg Wuttke, interrogé la semaine dernière par des journalistes.

Les blocages dans le nord-est de la Chine, la plus grande base de production céréalière de Chine, pourraient entraîner de nouvelles perturbations dans l’approvisionnement alimentaire, ajoutant aux risques mondiaux, préviennent les économistes de Nomura.

Source : https://www.lesechos.fr/monde/chine/le-zero-covid-chinois-nouvelle-menace-pour-linflation-mondiale-1399917