Les céréales ukrainiennes n’ont «aucun lien avec la crise alimentaire», juge Lavrov

A l’occasion d’une rencontre avec son homologue turc, le chef de la diplomatie russe a écarté la thèse selon laquelle les difficultés d’exportation des produits agricoles ukrainiens expliqueraient la crise alimentaire mondiale.

En visite à Ankara le 8 juin afin de trouver un accord sur les exportations de céréales ukrainiennes via la mer Noire avec le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, Sergueï Lavrov a pris le contrepied des multiples alertes lancées par les Occidentaux et les Ukrainiens concernant le blocage de ces produits et ses répercussions sur les approvisionnements mondiaux.

Parmi ces déclarations, le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio a ainsi affirmé que «bloquer les exportations de blé signifie tenir en otages et condamner à mort des millions d’enfants, de femmes et d’hommes».

Selon le chef de la diplomatie russe au contraire, l’Occident et Kiev «tentent de présenter [la situation] comme une catastrophe universelle», alors que la part des céréales ukrainiennes en question est «inférieure à 1% de la production mondiale de blé et d’autres céréales». Selon l’ONU, l’Ukraine avait exporté 18,1 millions de tonnes de blé en 2020, soit deux fois moins que la Russie pour la même année (37,3 millions de tonnes) mais également moins que les Etats-Unis (26,1 millions de tonnes), le Canada (26,1 millions de tonnes) ou encore la France (19,8 millions de tonnes).

«Par conséquent, la situation actuelle avec les céréales ukrainiennes n’a aucun lien avec la crise alimentaire», a-t-il affirmé, tout en renvoyant à l’interview donnée par le président Vladimir Poutine le 3 juin. Le dirigeant russe avait alors rejeté les accusations faisant porter à la Russie la responsabilité de la crise alimentaire mondiale, et mis en avant les politiques de relance américaine comme cause des perturbations actuelles.

Par ailleurs, tout en saluant les efforts diplomatiques de la Turquie afin de débloquer la situation – y compris en levant les sanctions affectant les exportations agricoles russes – Sergueï Lavrov a livré une estimation du nombre de «navires étrangers» dont il faudrait assurer la circulation : ils ne sont d’après lui que «quelques dizaines et […] sont en fait utilisés comme otages». Si la Russie s’est dite «prête» à garantir la sécurité des navires céréaliers quittant les ports ukrainiens avec la coopération de la Turquie, l’Ukraine a fait savoir qu’elle refusait de déminer le port d’Odessa pour permettre la reprise de ses exportations de céréales, craignant une attaque des forces russes.

Appuyant les propos du diplomate ce 8 juin également, le porte-parole du Kremlin Dimitri Peskov a affirmé qu’il ne fallait pas «exagérer l’importance de l’influence sur les marchés internationaux des réserves de céréales» ukrainiennes. «C’est un trop petit pourcentage pour avoir un impact significatif sur la crise alimentaire mondiale, qui a déjà commencé», a-t-il ajouté. Selon le porte-parole, la crise, qui se traduit déjà par une envolée des cours et fait peser un risque de famine dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient, s’explique par «une chaîne d’événements et d’actions malencontreuses de gouvernements du monde entier».

Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, entre 20 et 25 millions de tonnes de céréales sont bloquées et cette quantité pourrait atteindre jusqu’à 75 millions de tonnes à l’automne.

D’après le média spécialisé Terre-net, la récolte russe de blé devrait quant à elle atteindre des records en 2022, ce qui permettrait à Moscou d’exporter plus de 40 millions de tonnes, malgré les sanctions internationales.

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