L’immunité naturelle en questions : “on n’a jamais autant appris sur l’immunité que depuis deux ans”

De gauche à droite : Patricia Meyer Fuhrer (médecin généraliste et médecin du sport), Pierre Sonigo (biologiste) et Paul Mensah (médecin et immunologue). FS

Auteur(s): FranceSoir

Cela devait être une conséquence de la vaccination de masse : parvenir à l’immunité collective. Dans les médias, politiques, médecins et journalistes l’ont répété à satiété, assurant que c’était la seule façon de renouer avec une vie normale. Pourtant, alors que 90 % des plus de 12 ans sont vaccinés, nous faisons face aujourd’hui à une recrudescence des cas de Covid-19. Comment l’expliquer ? Comment définir ce qu’est l’immunité ? Et plus généralement, qu’est-ce qu’être en bonne santé ?


Pour en comprendre plus sur l’immunité naturelle

L’immunisation naturelle suite à une infection s’établit grâce à l’immunité innée et adaptative et garde une « mémoire » de cette infection.

La mémoire immunitaire est fondamentale pour nous protéger d’une nouvelle rencontre après une primo-infection avec un pathogène (virus ou bactérie).

On peut dire que la protection immunitaire dépend de :

·       L’immunité innée

·       De la réponse adaptative et de la mise en mémoire de l’information.

Cette mémoire est portée par deux groupes de cellules de l’immunité adaptative : les Lymphocytes B et T qu’on appelle dans ce cas cellules B mémoires et T mémoires.

Ce sont les cellules B mémoires qui produisent les anticorps et qui feront l’objet ici de mon propos.

La qualité de cette réponse B mémoire après infection (SARS2) dépend de la durée et de la diversité (amplitude) de la protection immunitaire. (Mémoire immunologique du SRAS-CoV-2 évaluée jusqu’à 8 mois après l’infection Dan, J. M. et al. Science (2021) et  Les anticorps neutralisants robustes contre l’infection par le SRAS-CoV-2 persistent pendant des mois (Wajnberg, A. et al. Science 370 (2020).)

Parmi les cellules B participants à la mémoire immunitaire on distingue :

·       Les cellules B mémoires (proprement dites) : elles ont la capacité de reconnaître et répondre aux variants (de virus).

·       Les Plasma Cells : ce sont des cellules très différenciées et très spécifiques du sous type viral rencontré lors du premier contact.

L’infection à SARS-CoV-2  induit une robuste réponse humoral chez la plupart des infectés (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7430596/, Wajberg et Évolution prolongée de la réponse des lymphocytes B humains à l’infection par le SRAS-CoV-2 (Sakharkar, M. et al. Sci. Immunol. 6, eabg6916 (2021).

Les cellules B mémoires sont formés après la primo-infection et évoluent continuellement pendant des mois après l’infection permettant ainsi d’avoir des cellules développant une une capacité de  neutralisation plus active et diversifiée.  L’infection par le SRAS-CoV-2 induit des plasmocytes de la moelle osseuse à longue durée de vie chez l’homme. (Turner, J. S. et al. Nature 595, (2021).) ; (Wang, Z. et al. Nature 595, 426–431 (2021).)

À l’inverse, naturellement le niveau des anticorps produits baisse régulièrement à partir du 4ème mois, mais pas nécessairement leur capacité de neutralisation. (cf schema ci-dessus). (Moriyama, S. et al. Temporal maturation of neutralizing antibodies in COVID-19 convalescent individuals improves potency and breadth to circulating SARS-CoV-2 variants. Immunity 54, 1841–1852.e4 (2021) ; (Vaisman-Mentesh, A. et al. SARS-CoV-2 specific memory B cells frequency in recovered patient remains stable while antibodies decay over time. Preprint at medRxiv https://doi.org/10.1101/ 2020.08.23.20179796 (2020).)

Les cellules B et T mémoires constituent un socle important de la protection qui suit une immunisation naturelle ou vaccinale. Ces cellules peuvent être circulantes, se localiser dans des organes lymphoïdes ( moelle osseuse, rate ou ganglions) ou se trouver résidentes dans des tissus comme les muqueuses(digestives, respiratoires, génitales). Leur présence est fondamentale pour une action rapide en cas de challenges ultérieurs avec les pathogènes identiques, variants ou « relatifs ». Les muqueuses constituent un lieu incontournable pour assurer la protection immunitaire à long-terme.

Immunité mucosale

Bien que les anticorps circulant puissent protéger (pour une part) les muqueuses, une production locale (par de cellules B mémoires résidentes) permettrait une élimination plus rapide du virus après réinfection. (Russell, M. W., Moldoveanu, Z., Ogra, P. L. & Mestecky, J. Mucosal immunity in COVID-19: a neglected but critical aspect of SARS-CoV-2 infection. Front. Immunol. 11, 611337 (2020).) ; (Palladino, G., Mozdzanowska, K., Washko, G.& Gerhard, W. Virus-neutralizing antibodies of immunoglobulin G (IgG) but not of IgM or IgA isotypes can cure influenza virus pneumonia in SCID mice.J. Virol. 69, 2075–2081 (1995).) ; (Centers for Disease Control and Prevention. Outbreak of SARS-CoV-2 infections, including COVID-19 vaccine breakthrough infections, associated with large public gatherings — Barnstable County, Massachusetts, July 2021. MMWR 70, 1059–1062 (1995).)

Les cellules B sont présentes dans de nombreuses muqueuses chez les humains. L’infection à SARS-CoV-2 offre la possibilité aux cellules B mémoires produites de se localiser dans la moelle osseuse, la rate, les poumons et les ganglions pulmonaires. (Poon, M. M. L. et al. SARS-CoV-2 infection generates tissue-localized immunological memory in humans. Sci. Immunol. https://doi.org/10.1126/sciimmunol. abl9105 (2021).)

Une réponse anticorps robuste au niveau des muqueuses est indispensable pour une protection optimale. (Onodera, T. et al. Memory B cells in the lung participate in protective humoral immune responses to pulmonary influenza virus reinfection. Proc. Natl Acad. Sci. USA 109, 2485–2490 (2012).) Cela nécessite la présence de cellules B mémoires au niveau des muqueuses. Et pour que ces cellules parviennent sur zone mucosale, l’infection doit produire sur place l’expression d’antigènes du pathogène et une inflammation. (Allie, S. R. et al. The establishment of resident memory B cells in the lung requires local antigen encounter. Nat. Immunol. 20, 97–108 (2019).)

C’est précisément ce qui est difficile à réaliser pour une vaccination intramusculaire. La vaccination, nécessaire chez certaines personnes, permet une production d’anticorps circulants importante sans pour autant permettre l’expression de l’antigène « Spike » (ici pour les mRNA vaccine) et/ou à créer une inflammation au niveau des muqueuses nécessaires à l’établissement d’une réponse mucosale correcte de longue durée.

Une question à laquelle il est encore difficile de répondre est de savoir si la vaccination à SARS2 induit ou non une réponse B mucosale. Celle-ci induit des anticorps trouvés dans la salive et le lait maternel, mais on ne sait pas d’où proviennent ces anticorps (produits localement ou non) ni combien de temps ils persistent. (Mades, A. et al. Detection of persistent SARS-CoV-2 IgG antibodies in oral mucosal fluid and upper respiratory tract specimens following COVID-19 mRNA vaccination. Preprint at medRxiv  https://doi.org/) ; (Ketas, T. J. et al. Antibody responses to SARS-CoV-2 mRNA vaccines are detectable in saliva. Pathog. Immun. 6, 116–134 (2021).) ; (Perl, S. H. et al. SARS-CoV-2–specific antibodies in breast milk after COVID-19 vaccination of breastfeeding women. JAMA 325, 2013–2014 (2021).)

En l’absence d’une réponse B mucosale, la protection contre les réinfections devra reposer sur le maintien d’un titre en anticorps circulant suffisamment élevé pour neutraliser un virus qui contamine les voies aériennes. Certaines études nous indiquent que les vaccins qui induisent une réponse immune au niveau des muqueuses (oral, nasal) peuvent représenter une stratégie efficace dans la mise en place d’une immunité protectrice. (Lavelle, E. C. & Ward, R. W. Mucosal vaccines fortifying the frontiers. Nat. Rev. Immunol. https://doi. org/10.1038/s41577-021-00583-2 (2021).)

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