Macron et Uber Files : ce moment où les Castors découvrent la lune…

Il y a grand raffut chez les Castors qui, à l’approche du 14 juillet, sans doute en souvenir de leurs lointains ancêtres, semblent rongés par quelques tardifs scrupules et cherchent probablement à se faire pardonner leurs turpitudes électorales.

Après avoir honteusement appelé à voter Emmanuel Macron malgré, en vrac et de manière non exhaustive : Alstom, Benalla, les Gilets Jaunes, le McKinseyGate, et l’on en passe, voici que la gauche barragiste, espérant probablement de la sorte se laver de son impardonnable trahison et de son indélébile souillure en forme de sociale-traîtrise mais aussi, plus simplement, de trahison du peuple français (dont elle n’a cure depuis belle lurette), découvre, ô stupéfaction, que celui qu’elle a poussé à (ré)élire se trouverait également être le candidat-lobbyiste d’Uber. Grande découverte, si elle est confirmée, et l’on en tombe de sa chaise…

Avec toute la valeur symbolique en outre de ce que représente cette entreprise : précarisation de l’emploi, dérégulation, «optimisation » fiscale, saccage du droit du travail, recours à l’importation de main d’œuvre bon marché au détriment des peuples et des classes populaires (en l’occurrence ici les chauffeurs professionnels), dépeçage du pays, prédation et atomisation des États etc.

Le Castor de gauche (Le Monde, France Info, Mediapart et alii, leurs chroniqueurs patentés, et jusqu’à BFMTV s’y mettant, les rats − pardon, les surmulots − quittant soudainement le navire…) découvre donc la lune sous nos yeux amusés, étant entendu qu’il n’est jamais complètement trop tard. Comme il est fâcheux toutefois qu’il n’ait pas fait cette stupéfiante découverte il y a quelques semaines, en plein scandale McKinsey, avant de voter POUR le candidat des intérêts privés au détriment constant de l’intérêt général !

Il conviendrait par ailleurs de s’interroger sur les motifs qui poussent cette même presse jusqu’ici fidèle relais du macronisme et de ses donneurs d’ordre à lâcher de manière spectaculaire celui pour lequel elle roulait jusqu’à présent : les donneurs d’ordre de la Macronie auraient-ils changé de monture ? On est en droit de s’interroger et l’avenir le dira.

Et quelle bonne aubaine, enfin, que cette subite et tellement imprévisible prise de conscience s’opère juste avant le dépôt de la motion de censure bricolée par la NUPES à l’Assemblée, motion d’une «gauche » (il faut le dire vite et les guillemets s’imposent lorsqu’on a une telle souillure électorale sur les doigts et sur la conscience) qui a elle-même, unanimement, et en parfaite connaissance de cause, VOTÉ POUR cette même créature de l’oligarchie.

Il est en effet un peu ballot d’appeler à voter pour un candidat le 24 avril puis de hurler à sa destitution le 10 juillet, même si l’on a bien conscience de ce que le secteur psychiatrique est sinistré dans notre pays…

Alors, bien sûr, l’on ne peut que souligner une nouvelle fois, au vu de ce nouveau scandale d’État (le énième depuis 2017 voire avant…), que la Macronie incarne tout ce qui est haïssable du point de vue des intérêts nationaux et de l’intérêt général, et qu’il importe de la combattre politiquement, moralement sans relâche, mais l’on rappellera tout de même que ceux qui sont directement responsables de la réélection dudit individu pourraient tout aussi bien être rongés par la honte et le regret plutôt que de s’éveiller si tardivement à la faveur d’un revirement de casaque des grands intérêts, parce qu’ils ont trahi au moins autant que celui qu’ils dénoncent subitement à présent.

Sur ce, dansons la Carmagnole puisque c’est de saison…

Anne-Sophie Chazaud

Source