Manifestations au Canada : Ottawa décrète l’état d’urgence

Des manifestants opposés aux mesures sanitaires, rassemblés dans le centre-ville d’Ottawa le 5 février 2022. Olga Samotoy / Sputnik / Sputnik via AFP

Après plus d’une semaine d’“occupation” de la ville par des opposants aux mesures sanitaires anti-Covid 19, le maire d’Ottawa a décrété l’état d’urgence, dimanche 6 février, jugeant la situation “complètement hors de contrôle”.

Dimanche matin, “quelque 500 camions et autre véhicules étaient toujours massés dans le centre-ville d’Ottawa, alors que des centaines de personnes continuaient à protester contre les restrictions sanitaires” mises en place par les autorités canadiennes pour lutter contre le Covid-19, rapporte CTV.

Les protestations ont commencé le 29 janvier dans la capitale fédérale, avant de s’étendre pendant le week-end à d’autres villes canadiennes, comme Québec, Alberta et Vancouver.

À l’origine, le “Convoi de la liberté” avait été lancé “pour protester contre la réglementation américano-canadienne exigeant des camionneurs transfrontaliers qu’ils soient complètement vaccinés pour pouvoir entrer aux États-Unis et au Canada”, rappelle le Washington Post. Mais il s’est transformé en mouvement d’opposition à “toutes les mesures sanitaires – majoritairement décidées au niveau des provinces – et à [Justin] Trudeau”, le Premier ministre du pays, réélu en septembre dernier.

De nombreux observateurs et médias ont souligné l’implication d’éléments d’extrême droite dans l’organisation du mouvement. Le syndicat des camionneurs lui-même s’est désolidarisé des manifestations, soulignant que 90 % de ses membres étaient vaccinés – dans un pays très majoritairement pro vaccins.

La protestation à Ottawa s’est traduite, ce week-end encore, par “d’imposants barrages routiers, des tirs de feux d’artifice, des véhicules circulant sur les trottoirs et les klaxons incessants des camionneurs”, décrit le Washington Post.

Ressources inadéquates

Face à ce qu’il qualifie d’” occupation” de la ville, le maire d’Ottawa Jim Watson a décidé dimanche de décréter l’état d’urgence. Une décision qui “reflète le grave danger, ainsi que la menace à la sûreté et la sécurité des habitants” posés par les manifestants, a expliqué l’édile, cité par City News Ottawa.

“À ce stade, la situation est complètement hors de contrôle, car ce sont les manifestants qui font la loi”, a déclaré M. Watson, exhortant les services de police à “reprendre” la ville. Mais le chef de la police, Peter Sloly, a reconnu dans la journée qu’il n’avait pas “les ressources suffisantes pour faire face de manière adéquate et efficace à cette situation”, tout en devant assurer la sécurité dans le reste de la ville.

Il a néanmoins précisé que les forces de l’ordre avaient délivré 450 contraventions entre samedi et dimanche matin, notamment pour tapage nocturne, et averti que toute aide logistique – nourriture, carburant, etc. – apportée aux manifestants serait désormais interdite. Les contrevenants seront arrêtés sur-le-champ.

La police d’Ottawa attend le renfort de quelque 250 membres de la gendarmerie royale du Canada – un corps de police fédéral – mais le déploiement de l’armée, réclamé par certains, n’est pas à l’ordre du jour.

“L’état d’urgence et la multiplication des interventions policières représentent un changement significatif dans la réponse à la situation chaotique à Ottawa”, observe Radio-Canada. Mais le média public s’interroge sur le dénouement de la crise. “Les politiciens locaux, provinciaux et fédéraux ont condamné les actions des manifestants et appelé à trouver une solution. Mais la nature de cette solution reste incertaine”.

Trudeau silencieux

D’autant que Justin Trudeau, personnellement visé – en termes souvent obscènes – par les manifestants, est muré dans le silence, remarque Politico.

Le Premier ministre, qui a qualifié fin janvier les manifestants de “minorité marginale”, n’a fait aucun commentaire public depuis jeudi sur “un mouvement qui, selon les autorités, compte des extrémistes et des membres de l’extrême droite, reçoit des financements substantiels de donateurs américains, a été applaudi par l’ancien président Donald Trump, et suscite des comparaisons” avec l’attaque du Capitole, le 6 janvier 2021.

Pourtant actif ce week-end sur les réseaux sociaux, où il a “souhaité bon anniversaire à sa fille” et “félicité” les Canadiens médaillés aux Jeux olympiques de Pékin, M. Trudeau “n’a fait aucune mention d’Ottawa”, souligne le site.

Dans une colonne d’opinion, le Toronto Star estime que “quelque chose s’est brisé cette semaine au Canada. La nation qui a toujours admiré un peu béatement ses valeurs de civilité et de respect semble avoir disparu, remplacée par quelque chose de beaucoup plus américain que canadien”, écrit le commentateur Robin V. Sears.

Il critique également la passivité des forces de police face aux manifestants. “À Ottawa et Alberta, les opérations pour mettre fin aux barrages et aux occupations auraient déjà commencé si les manifestants étaient majoritairement autochtones ou noirs. Ce deux poids deux mesures flagrant, avec des centaines d’hommes blancs qui ne reçoivent même pas une contravention de stationnement, méritera une explication quand tout sera fini”.

Source : https://www.courrierinternational.com/article/protestation-manifestations-au-canada-ottawa-decrete-letat-durgence

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