Marie-Estelle Dupont: «On enseigne aux enfants qu’au moindre risque il faut se cloîtrer chez soi!»

Marie-Estelle Dupont: «On enseigne aux enfants qu'au moindre risque il faut se cloîtrer chez soi!»

«Il est urgent de sortir de cette inversion des valeurs où les enfants subissent les angoisses des adultes alors que c'est aux adultes d'élever les enfants.» Francois Bouchon / Le Figaro

FIGAROVOX/ENTRETIEN – La faible létalité du virus chez les mineurs doit conduire nos dirigeants à mettre fin au protocole sanitaire à l’école, plaide la psychologue. Celui-ci cause des dégâts à long terme sur la santé des enfants, argumente-t-elle.

Marie-Estelle Dupont, psychologue clinicienne et psychothérapeute, a publié Se libérer de son moi toxique (Larousse, 2017) et Découvrez vos superpouvoirs chez le psy (Eyrolles, 2015).

 

FIGAROVOX. – Un appel à la grève nationale pour le 13 janvier a été lancé par le Snuipp-FSU, premier syndicat d’enseignants du primaire, et le SE-Unsa face à «la pagaille indescriptible» du nouveau protocole sanitaire. Comprenez-vous leur colère ?

Marie-Estelle DUPONT. – Oui ! Je comprends non seulement leur colère, mais je constate leur épuisement. Le stress qu’ils subissent depuis le début, le cumul de fatigue lié aux changements permanents, le sentiment d’être mis au pied du mur après des décisions annoncées la veille au soir pour le lendemain, l’absence de concertation, le refus d’entendre des témoignages parfois contradictoires mais tous réels, oui cela engendre de la colère. L’enseignant n’a pas vocation à cocher des vérifications de tests PCR. Cela fait lourd. Les professeurs n’ont plus la disponibilité nécessaire pour penser leur mission première.

Les adultes ne doivent pas faire peur aux enfants, mais gérer leur propre peur.

Marie-Estelle Dupont

On ne peut pas dire «on s’occupe de tout» et en réalité n’anticiper et n’informer sur rien, ne pas prévoir les effectifs nécessaires de remplaçants et l’aération des classes. Il s’agit d’une épidémie et il n’y a pas de remplaçants alors que l’isolement est de 10 jours en général ? Faire porter le masque à des petits plutôt qu’assainir l’air ?

L’État a voulu centraliser la gestion de la crise, bridant les acteurs de terrain, et maintenant on nous répond sur les capteurs de CO2 que c’est aux communes de le faire ? Cela n’est pas vécu par le corps enseignant comme une simple négligence, mais comme une incohérence et un mépris de la réalité.

En revanche, il faut vraiment rassurer sur la faible létalité de la maladie, rappeler aux enseignants qu’ils sont vaccinés et que s’ils ne le sont pas, ce n’est pas aux enfants de les protéger mais à eux de montrer l’exemple du courage, qui consiste à dépasser sa peur. Les élèves ne sont pas des pestiférés, les données montrent qu’ils transmettent peu : les enseignants ne touchent pas les élèves. Les adultes ne doivent pas faire peur aux enfants, mais gérer leur propre peur. Un enseignant est une figure d’exemplarité. Il y aussi un grand nombre d’enseignants qui déplorent de devoir se comporter comme des adultes phobiques, hystériques et obsessionnels alors qu’ils aiment leurs élèves, leur métier, et aimeraient se concentrer sur les apprentissages.

L’adulte doit transmettre l’idée qu’apprendre et réfléchir l’emporte sur une peur exagérée. La population active, donc encore assez jeune, et qui plus est vaccinée, ne risque pas de se retrouver en réanimation si les intéressés ne présentent pas de comorbidité.

Depuis la rentrée scolaire du 3 janvier, les élèves devaient se faire tester à trois reprises en quatre jours si un cas positif était détecté dans leur classe. Une mise à jour du protocole sanitaire a depuis été réalisée : les élèves n’ont plus à réaliser un nouveau parcours complet si un nouveau cas positif apparaît dans leur classe dans un délai inférieur à sept jours. Êtes-vous satisfaite par cet allègement du protocole ? Est-ce suffisant ?

C’est pénible de constater qu’il faut des grèves pour que la montagne accouche d’une souris. L’allègement très mineur intervenu montre que les dégâts sur la santé des enfants ne comptent pas pour les décideurs. Le chaos dans les familles, la maltraitance instaurée par cette obsession délirante du virus au détriment de la santé physique et mentale de toutes les classes d’âge, tout cela ne semble pas avoir d’importance. Seul le risque de désorganisation de l’école et de mouvement social les fait réagir.

La grippe et la bronchiolite ne nous ont jamais fait fermer de classe.

Marie-Estelle Dupont

Nous avons oublié nos devoirs envers les mineurs : veiller à leur santé et leurs apprentissages. Ce chaos scolaire a dégradé les deux. Une société qui désorganise l’école pour une maladie qui ne touche pas gravement les enfants est une société malade. La grippe et la bronchiolite ne nous ont jamais fait fermer de classe, un peu de tenue tout de même. On enseigne aux enfants qu’au moindre risque on doit se cloîtrer chez soi. Quelles valeurs ! On ne préserve ni les enseignants ni l’hôpital. On déplace le problème. C’est coûteux pour tout le monde et le nombre d’enseignants en burn-out du fait de cette perte de sens est colossal. Une patiente enseignante au lycée et aveugle me rapportait que malgré son handicap on lui interdisait de retirer son masque. Mais où est on ?

Tout allègement est bon à prendre, mais il est surtout urgent de sortir définitivement de cette inversion des valeurs où les enfants subissent les angoisses des adultes quand c’est aux adultes d’élever (au sens étymologique) les enfants. On peut rassurer les enseignants, les équiper et les respecter sans utiliser les mineurs comme une variable d’ajustement qu’on déplace en fonction du risque de mouvement social.

Les syndicats soutiennent pourtant un protocole sanitaire plus dur. Comprenez-vous leurs revendications ?

La FCPE et le corps enseignant alertent sur la nécessité de détecteurs de CO2, de purificateurs d’air et de travaux d’aération. Est également demandée la fourniture de masques FFP2 afin d’assurer leur protection face à la grande contagiosité du variant Omicron (dont je rappelle qu’il n’est pas plus virulent selon les scientifiques qu’une simple grippe). Ces demandes sont pertinentes si elles permettent aux enseignants de se sentir rassurés et aux élèves de pouvoir être libérés de leur calvaire et de respirer librement. Encore une fois les dégâts physiologiques et psychologiques sur les élèves sont criminels.

Dès le plus jeune âge, on observe des retards de parole en maternelle liés au port du masque chez les adultes.

Marie-Estelle Dupont

L’école censée être un lieu d’apprentissage et d’interactions sociales ne doit pas se transformer en lieu de peur et de panique pour les enfants. Chacun sa place : un enfant est sous la responsabilité d’adultes qui doivent garder leur sang-froid. L’école n’est pas un pôle de santé, le virus ne doit pas être un prétexte pour des maltraitances insensées telles que mauvais points attribués, humiliations si le masque est sous le nez dans la cour, comme en témoignent les dizaines de messages que je reçois de parents ou d’enseignants alarmés par ces conduites.

J’invite les enseignants à discerner dans leurs revendications ce qui relève du bon sens, et ce qui devient pression inutile et dangereuse sur leurs élèves. Il ne faut pas perdre son discernement quand on a pour mission d’enseigner l’esprit critique. Une enseignante de CM2 me disait récemment : «je suis épuisée de cette obsession du Covid-19 et de la façon dont certains collègues oppressent les élèves pour un masque sous le nez. Quelle perte de dignité et quelle irresponsabilité envers ceux qui nous sont confiés !».

Pensez-vous qu’il faille lever les restrictions (masques, gestes barrières) qui concernent les enfants ?

Je vais en choquer certains mais être claire : oui, et de toute urgence.

Le masque pour les enfants est d’une rare violence. C’est une maltraitance physique et psychique, avec des malaises quand les élèves le gardent pour l’escalade en milieu fermé ou pendant le judo à 7 ans. L’OMS l’a rappelé. Et j’ai expliqué à de nombreuses reprises tous les éléments pédiatriques, dentaires, psychologiques, ophtalmologiques, cognitifs, émotionnels et psychologiques qui montrent, chiffres à l’appui, les dégâts causés par le masque. Les études sont nombreuses et les difficultés de concentration sont majeures, ce qui rajoute du travail aux enseignants. Dès le plus jeune âge, on observe des retards de parole en maternelle liés au port du masque chez les adultes. Aussi je pense que chaque enseignant doit porter le masque s’il le souhaite uniquement, car un grand nombre d’entre-eux, conscients de la perte que cela représente pour la relation avec l’élève, et de l’inconfort (migraine, fatigue) que cela leur inflige, souhaiteraient le retirer.

Les enfants commencent à se dénoncer quand l’un d’entre eux porte mal le masque !

Marie-Estelle Dupont

Orthophonistes et psychologues sont débordés par ces dégâts. L’urgence sanitaire a changé. C’est la santé des mineurs qui est en péril.

Le harcèlement, la peur, l’obsession du virus, l’idée que les enfants sont dangereux, que l’autre est un danger, que le toucher est mauvais, tout cela dessine une société qui ne peut être un tout. Cela engendre méfiance, paranoïa, climat de délation. Les enfants commencent à se dénoncer quand l’un d’entre eux porte mal le masque ! Nous les conditionnons à être la pire version d’un être humain: malade et mauvais.

Les phobies scolaires, les troubles d’apprentissage, le chaos lié à l’éviction des élèves ou à la fermeture de classes, la symptomatologie que l’on voit aussi bien en cabinet de ville qu’en pédopsychiatrie sont terrifiants, et je pèse mes mots. Des enfants tristes, apeurés, anxieux, qui dorment mal, font des crises de colère, développent des troubles alimentaires, se désocialisent, sont addicts aux écrans, et se mettent à penser des choses terribles telles que «je vais tuer ma grand-mère», «je n’embrasse pas maman pour ne pas la toucher», «je ne veux pas toucher mon cartable si maman ne l’a pas nettoyé avant».

Voir le visage et se toucher sont des éléments essentiels de la survie en société.

Marie-Estelle Dupont

J’ai parfois la douloureuse impression que le pays est devenu une famille maltraitante à l’égard de ses mineurs, où le délire hypocondriaque d’un parent et l’hystérie de l’autre contribueraient à sacrifier l’enfance. On leur transmet la peur, la culpabilité, et la déshumanisation : voir le visage et se toucher sont des éléments essentiels de la survie en société. Nous ne pouvons survivre isolés. Les aires cérébrales liées aux compétences sociales s’atrophient à mesure que le port du masque s’allonge. Même un chien ne porte pas une muselière huit heures par jour. On en fait des psychotiques désocialisés, des dépressifs, ou de futurs adultes violents.

La vague pédopsychiatrique ne baisse pas, elle n’a de cesse d’augmenter depuis un an.

Marie-Estelle Dupont

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les enfants sont absents des services liés au Covid-19, mais les consultations psy et les hospitalisations en pédopsychiatrie ont explosé. (25% des hospitalisations en pédiatrie sont aujourd’hui en pédopsychiatrie, les tentatives de suicide chez les moins de 15 ans ont considérablement augmenté, certains services de pédopsychiatrie ont vu les admissions multipliées par trois ou quatre l’année dernière). La vague pédopsychiatrique ne baisse pas, elle n’a de cesse d’augmenter depuis un an. Une petite patiente de 7 ans qui s’évanouit en cours de yoga, un autre élève de 9 ans à qui la maîtresse a dit «si tu veux respirer, va aux toilettes »… Il est temps de mettre fin à des décisions qui montent chacun les uns contre les autres et terrorisent nos petits, qui prennent sur eux mais craquent.

Je souhaite qu’on gère entre adultes responsables, parents, professeurs, professionnels de l’enfance et décideurs, en considérant que les besoins de l’enfant sont sacrés et qu’on peut imaginer toutes les solutions, mais pas l’enseignement à distance ou le port du masque. Les tests massifs n’ont aucun intérêt à part semer la panique et l’épuisement.

Comment protéger les enseignants ? Faut-il rendre la vaccination obligatoire pour cette catégorie professionnelle ?

Ils le sont déjà ! Tous ceux qui le souhaitent et un grand nombre qui ne le souhaitaient pas particulièrement sont vaccinés et peuvent faire les rappels. Ils ne doivent pas oublier leurs principes éthiques et le cœur de leur métier. Tous les adultes ont un devoir envers les enfants : ne pas leur faire porter leurs peurs. Que les enseignants apeurés portent le masque et se vaccinent, mais on ne demande rien aux enfants. Cela dégrade leur développement de manière irréversible. Les enseignants qui viennent me voir en consultation constatent ces dégâts et, à titre personnel, en ont plus que marre du masque. Pour eux, c’est une inversion des valeurs propres à leur profession.

Nous devons tous prendre nos responsabilités et faire valoir leur intérêt supérieur. Les parents éduquent et décident, les enseignants enseignent, les médecins soignent. Et l’école n’est pas un pôle de santé ou une cour de prison.

One thought on “Marie-Estelle Dupont: «On enseigne aux enfants qu’au moindre risque il faut se cloîtrer chez soi!»

  • La grande précipitation vers un état de folie est due aux ( sachant s ) politiciens médecins taiseux profs journalistes pervertis par les subventions les primes etc …Macaron précipite la France dans ce qui est le plus bas la tromperie la traitrise la lâcheté les passes droits …..La logique n’a plus cours ni l’honneur .la liquéfaction de la France ne dérange visiblement que peu de monde Même le crime parait être monnaie courante genre euthanasies par exemple … et faux vaccins genre phase 3 et encore !!

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