Mirage ou miracle anti-Covid, le débat sur l’ivermectine rebondit en Occitanie

Mirage ou miracle anti-Covid, le débat sur l’ivermectine rebondit en Occitanie

Me Teissedre soupçonne du trafic d’influence contre le médicament. Y.P.
Comme l’hydroxychloroquine, cette molécule est-elle inefficace ? Est-elle injustement déconsidérée ? À ce débat se greffe l’enquête du parquet national financier suite à une plainte partie de Montpellier…

L’ivermectine : cette molécule est commercialisée depuis des années comme traitement antiparasitaire , contre la gale notamment. Mais est-elle par ailleurs un possible antidote contre le Covid-19 ? Jusqu’à se poser en alternative fiable au vaccin ? L’institut Pasteur valide le fait qu’elle “atténue les symptômes” dans un modèle animal. Pour l’humain, le débat et les études internationales restent ouverts, les avis divergent et divisent la communauté scientifique . La récupération du débat à des fins politiques, voire complotistes, ne contribue pas à une appréciation sereine du potentiel, ou de l’absence d’intérêt de la molécule contre le Covid.

Et voilà que l’affaire, au retentissement international, trouve un ancrage en Occitanie. Le parquet national financier (PNF) instruit une plainte portée par un avocat montpelliérain au nom de la décriée association Bon Sens, terreau de fake news sous couvert d’éclairer les citoyens sur “les défis sanitaires et écologiques que le monde va affronter”.

Née de la crise sanitaire, elle est engagée dans la défense des traitements précoces du Covid, assortie d’une lutte anti-vaccin, anti-pass vaccinal obligatoires et aux relents complotistes pour ses détracteurs.

De possibles pressions

L’objet de la plainte : dénoncer de possibles interférences ou pressions de fonctionnaires français sur un scientifique anglais mandaté par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour mener une étude destinée à vérifier l’efficacité de l’ivermectine.

“Je ne milite pas pour l’extrême droite et il ne s’agit pas ici de suspicions idiotement complotistes, certifie Me Teissedre, par ailleurs avocat du médecin montpelliérain Denis Agret, égérie des anti-vax. J’ai déposé plainte pour une association qui défend une solution thérapeutique simple et efficace susceptible de sauver de très nombreuses vies, l’ivermectine.”

La plainte contre X vise plus particulièrement une scientifique de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) soupçonnée de pression sur le scientifique anglais qui aurait pondéré son rapport initialement enthousiaste sur l’ivermectine. La mise en en cause admet avoir échangé des mails, mais s’est défendue de tout pouvoir d’influence au service de Big Pharma. “Très fortement sollicitée”, elle n’a pas souhaité répondre à Midi Libre.

L’analyse des données disponibles ne permet pas d’étayer un bénéfice clinique de l’ivermectine

Quel est l’enjeu supposé ? Tombée dans le domaine public, l’ivermectine n’est plus sous brevet et n’est donc plus un marché lucratif pour les laboratoires, qui n’auraient pas intérêt à sa promotion.

“La scientifique de l’Inserm n’avait pas à interférer dans cette étude”, poursuit l’avocat, qui a par ailleurs demandé à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) une recommandation temporaire d’utilisation de l’ivermectine contre le Covid. “Nous ne pouvons pas répondre favorablement […] L’analyse des données disponibles ne permet pas d’étayer un bénéfice clinique de l’ivermectine”, a tranché l’ANSM en avril.

Me Teissedre avance, comme élément supplémentaire de suspicion, une vidéo où le Britannique dit auprès d’une consœur “subir des pressions importantes de la part de l’industrie pharmaceutique”.

Passer la main à une association anticorruption

La plainte, restée confidentielle, date du printemps 2021 et le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire et saisi un service enquêteur – la division délinquance économique et financière de la section de recherches de la gendarmerie – en septembre.

Qu’en est-il aujourd’hui ? “L’enquête suit activement son cours dans cette affaire”, répond sobrement Jean-François Bohnert, procureur de la République financier. Une synthèse rédigée par les enquêteurs en fin d’année 2021 aurait conduit le PNF à demander de poursuivre les investigations. Et l’avocat montpelliérain souhaiterait passer la main à une association anticorruption.

Les gendarmes ont en tout cas procédé à des auditions de témoins qui, au-delà de la plainte pour “trafic d’influence”, apportent leur regard éclairé sur l’ivermectine. Le neurobiologiste de l’institut Pasteur Jean-Pierre Changeux (lire ci-dessous) a été entendu. Tout comme le patron de la société héraultaise Medincell, qui continue à croire au potentiel inexploré de l’ivermectine (lire par ailleurs) contre le Covid. Mais attention, ils n’ont pas envie d’être associés à la polémique.

Ce que dit la recherche

Les études sur l’intérêt de l’ivermectine pour traiter ou prévenir l’infection au Covid ne sont pas fiables faute de rigueur : cohortes non homogènes, doses différentes, moment de l’administration variable… Une nouvelle étude, au Japon, chez des patients “atteints de Covid léger” doit être rendue fin mars. En attendant, c’est la cacophonie. En France, le controversé professeur Joyeux la recommande, comme les leaders d’extrême droite Florian Philippot, François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan, des médecins la prescrivent illégalement en Martinique. Aux États-Unis, la FDA a dû faire une alerte sur les dangers de l’usage de la forme vétérinaire du médicament. L’affaire a pris un tour “people” en janvier lorsque la légende du folk Neil Young a quitté le n° 1 du streaming Spotify en raison de la diffusion de podcasts de désinformation sur le Covid, notamment la promotion de l’ivermectine. L’OMS, l’Agence européenne du médicament, l’ANSM ne la recommandent pas contre le Covid. Mais une vingtaine de pays (Inde, Pérou, Bulgarie…) y ont recours.

Sophie GUIRAUD

Source : https://www.midilibre.fr/amp/2022/02/08/mirage-ou-miracle-anti-covid-le-debat-sur-livermectine-rebondit-en-occitanie-10097200.php

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