Paralysé pendant 10 mois après son vaccin, ce Sonégien entend poursuivre Pfizer

Julien Latinis espère reprendre le boulot dans les prochaines semaines, sous la forme d’un mi-temps médical. - C. Lo

Réceptionniste dans une concession automobile à Tubize, le Sonégien Julien Latinis (39 ans) a ressenti brusquement des symptômes très douloureux le 17 mai 2021, dix jours exactement après avoir reçu sa première dose du vaccin anticovid de Pfizer. « J’étais au travail. Tout d’un coup, j’ai ressenti comme si on m’enfonçait un pic à glace dans ma colonne vertébrale. Une douleur indescriptible. Très vite, mes jambes ne m’ont plus répondu. Mon patron m’a immédiatement envoyé voir mon médecin. Qui m’a mis directement en incapacité de travail à 100 %. »

Ce n’était que le début d’une longue litanie d’examens à passer, de spécialistes à voir, et de problèmes s’aggravant… « Dans les semaines qui ont suivi, une forme de paralysie a aussi touché mon tronc supérieur et mes bras. On craignait que la colonne, les cervicales ne soient touchées. J’ai passé des radios des épaules, des coudes, du cou, des IRM des cervicales et des jambes, puis du système nerveux central et ensuite du système nerveux périphérique. J’ai aussi passé deux électroencéphalogrammes très douloureux. On n’a pas trouvé d’origine à mon mal. »

Dix mois dans son divan

Un mal qui se caractérise, selon son médecin traitant, et conformément à l’avis d’autres spécialistes : « des symptômes neurologiques de types algies (ndlr : des douleurs en général diffuses, sans relation définie avec une cause organique), tremblements et paresthésies (ndlr : trouble de la sensibilité se traduisant par des sensations de fourmillements ou de brûlures) dans les membres inférieurs et ensuite supérieurs, également une tachycardie continue (…). De nombreux examens complémentaires et avis spécialistes n’ont pu objectiver de causes ou lésions pouvant expliquer ces symptômes (…). »

 

« Je suis resté allongé dans mon divan près de dix mois, incapable de monter les escaliers, ou d’aller à la toilette, sinon en me traînant. Mes seules sorties furent mes rendez-vous médicaux. Je ne voyais personne en dehors de ma compagne qui venait me visiter. »

 

Sur la mutuelle à 100 %, ses revenus ont fondu de 1.800 à 800 € mensuels, tout comme ses économies, mais avec des frais médicaux considérables à avancer. « Je suis complètement dans le rouge. J’ai reporté mon mariage. Mon propriétaire a accepté un loyer plus bas provisoirement, mais je devrai le rembourser plus tard. Les médicaments coûtent près de 200 € par mois. Je n’avais plus de vie sociale. J’en ai fait une grosse dépression. J’ai même voulu en finir, mais je me suis repris. Je voyais un psy chaque semaine. C’était 50 € la séance et la mutuelle remboursait 15 €, mais avec un plafond de 180 €. »

Il remarche depuis six semaines

Aujourd’hui Julien Latinis va mieux. Son médecin lui a prescrit des médicaments antiépileptiques qui ont progressivement réduit ses symptômes. Depuis six semaines, il remarche. D’abord avec une canne, puis sans, mais il éprouve toujours des problèmes d’équilibre. La douleur et ses tremblements ont diminué mais pas disparu. « Avec l’inactivité, j’ai perdu de la masse musculaire et 20 kg. J’ai même grossi à cause de la pathologie et des traitements… »

Il va quand même reprendre en partie le boulot. « Ce sera un mi-temps médical. Je gagnerai mieux ma vie, mais ce sera essentiel pour mon moral d’être de nouveau actif. Je vois le médecin-conseil fin du mois. »

Mais ces relativement bonnes nouvelles n’éclipsent pas la réalité, selon Julien Latinis et les médecins consultés : « Pour nous, il y a une certitude à 99,99 % que c’est le vaccin de Pfizer qui est responsable. J’ai donc pris contact avec la firme dans l’espoir d’avoir une reconnaissance et des indemnités. Je suis d’abord tombé sur quelqu’un de très empathique, qui m’a dit, ‘’ah monsieur, on ne va quand même vous laisser dans cet état’… »

Prêt à intenter un procès à Pfizer

Puis le service juridique a pris le relais. « J’ai rempli un formulaire dans lequel j’ai décrit ma situation, les symptômes, et joint un certificat médical. Ce qu’on m’a répondu ? ‘’Pfizer compatit avec votre situation. Cependant, nous ne considérons pas que Pfizer soit responsable de tout symptôme que vous ayez présenté ou qu’il y ait matière à indemnisation par Pfizer.’’ Ils se retranchent derrière les autorisations octroyées par l’Union Européenne et la Belgique. Je trouve ça inhumain. »

Mais il ne compte pas en rester là. « Je vais probablement aller en justice. J’ai estimé mon préjudice financier à un peu plus de 30.000 €, avec ma perte de revenus et les frais médicaux auxquels je dois faire face et qui ne sont pas tous remboursés, loin de là. Sans oublier le préjudice moral vu la situation dans laquelle je me suis retrouvé. Mais je préfère quand même un arrangement à l’amiable si possible. »

«Le profil de sécurité du vaccin continue d’être favorable»

Nous avons évidemment contacté Pfizer Belgium pour avoir sa réaction sur le cas de Julien Latinis. Mais celle-ci, envoyée par e-mail, est restée assez formelle et ne mentionne pas du tout une éventuelle indemnisation.

« Nous prenons très au sérieux les événements indésirables qui sont potentiellement associés à notre vaccin contre le COVID-19 (BNT162b2). Nous surveillons de près tous ces événements et recueillons les informations pertinentes pour les partager avec les autorités réglementaires mondiales. Il est important de noter que les événements indésirables graves, qui ne sont pas liés au vaccin, sont malheureusement susceptibles de se produire à un taux similaire à celui qu’ils auraient dans la population générale. Avec des centaines de millions de personnes vaccinées avec le vaccin contre le COVID-19 de Pfizer-BioNTech, le profil de sécurité du vaccin pour tous les groupes autorisés continue d’être favorable. »

«Tous les vaccins ont des risques de provoquer des effets secondaires»

Nous avons demandé au Dr Étienne Van Honacker, médecin au CHR de Soignies et responsable du centre de vaccination local, ce qu’il pensait de la situation vécue par Julien Latinis.

« Je ne peux pas me prononcer directement sur le fond de l’affaire, je ne connais pas son cas spécifique. Les symptômes évoqués me semblent d’ordres neurologiques. Mais il est clair qu’en tant que médecin, il faut rester ouvert à la possibilité que le vaccin de Pfizer puisse provoquer des effets secondaires importants, même si tous ne sont pas aussi spectaculaires que ceux développés par M. Latinis. Si tant est que c’est bien le vaccin qui en est responsable. En l’absence d’autres causes manifestes, il est bien possible que ce soit le cas. D’ailleurs, il ne faut pas se voiler la face : tous les vaccins ont des risques de provoquer des effets secondaires. Mais c’est une question de balance avantages/risques. Dans le cas de Pfizer, les données montrent clairement que les avantages surclassent les risques. Mais il est important que M. Latinis communique ses symptômes pour que l’on puisse mieux connaître cette problématique. »

Il se souvient qu’on lui a rapporté un seul cas vraiment notable avec effets secondaires importants suite à une injection effectuée dans le centre de vaccination de Soignies : « C’était une personne d’une trentaine d’années. Elle a développé une paralysie du bras qui avait subi l’injection. On l’a hospitalisée, mais après deux jours, c’était fini et elle n’a conservé aucune séquelle. »

Source : https://lameuse.sudinfo.be/926543/article/2022-03-24/paralyse-pendant-10-mois-apres-son-vaccin-ce-sonegien-entend-poursuivre-pfizer