Liban : Nous sommes prêts à boucler le pays si la propagation du virus s’accélère

Pour le ministre de la Santé libanais, "la nouvelle vague fera plus de contaminations, mais elle devrait se terminer plus rapidement".

Vue de la célébration du Nouvel An 2022 dans le quartier de Gemmayzé, à Beyrouth, Photo ANWAR AMRO / AFP

 

Le ministre libanais de la Santé, Firas Abiad, a affirmé, dimanche, être “prêt à prendre la décision de boucler le pays si la vitesse de propagation du coronavirus s’accélère”, une proposition écartée jusque-là par les autorités libanaises au vu de ses lourdes conséquences dans un pays en plein effondrement socio-économique et financier.

Déplorant le regain des cas au cours des derniers jours, le Dr Abiad a regretté le fait que l’application des mesures de prévention prises par le ministère en décembre “ne s’est pas avérée suffisante” sur le terrain, notamment au cours de la période des fêtes.

“La décision de fermer le pays est soigneusement étudiée en fonction des chiffres et des données disponibles, et nous réfléchissons à la question de la durée d’une telle fermeture, d’autant plus que la situation au Liban ne peut pas la supporter”, a indiqué le ministre Abiad lors d’un entretien radio. “Mais si la vitesse de propagation du virus s’accélère, nous sommes prêts à prendre la décision” d’un bouclage, a-t-il toutefois noté en déplorant le fait que l’application des mesures de prévention prises par le ministère en décembre “n’ait pas été suffisante”.

Bilan du jour
Cette mise en garde a été lancée alors que le Liban a enregistré 1.445 nouveaux cas, dont 314 en provenance de l’étranger, et 18 décès, au cours des dernières 24 heures selon le bilan quotidien du ministère de la Santé. Depuis son apparition en février 2020, la pandémie a jusque-là causé 732.733 contaminations, parmi lesquelles on dénombre 9.154 décès. Les chiffres de contaminations quotidiennes sont moins élevés que les derniers jours, moins de tests de dépistage ayant été analysés par les laboratoires, fermés le dimanche.

Parmi les cas toujours actifs, 654 sont actuellement hospitalisés, dont 332 en soins intensifs, occupant 76 % des lits réservés aux patients souffrant du coronavirus dans le pays. 

La campagne de vaccination qui se poursuit dans le pays a permis à quelques centaines de personnes de se faire administrer un produit disponible dans le pays au cours des dernières 24h. En tout, 43,8% de la population éligible, âgée donc de plus de 12 ans, a reçu une première dose de vaccin depuis le début de cette campagne et 35,9 % de la population est complètement immunisée avec les produits Pfizer, AstraZeneca, Spoutnik-V ou Sinopharm. Selon les chiffres du ministère, 15,3% des personnes éligibles pour un rappel du vaccin ont déjà reçu leur 3e dose de vaccin depuis octobre dernier.

A la mi-décembre, le ministère de l’Intérieur avait officialisé les recommandations émises au début du mois par la Commission nationale chargée du suivi de la pandémie sur de nouvelles mesures strictes de prévention anti-Covid. Un couvre-feu a été alors imposé de 19h à 6h pour les personnes non vaccinées, alors que les établissements touristiques ont été appelés à limiter leur capacité d’accueil à 50% et à vérifier le certificat de vaccination des clients ou le résultat négatif d’un test PCR datant de moins de 48 heures. Les Forces de sécurité intérieure (FSI) avaient infligé nombre d’amendes à des personnes et à des établissements qui n’ont pas respecté ces recommandations, mais ces mesures n’ont pas freiné la propagation de la pandémie.

La nouvelle vague “se terminera rapidement”
Le ministre Abiad a affirmé, une nouvelle fois, que “la hausse soudaine des contaminations est un indice de la propagation du variant Omicron, qui touche la partie supérieure du système respiratoire”, donc moins les poumons, et dont “les symptômes sont similaires à ceux de la grippe”. Il a estimé que “la nouvelle vague sera plus importante en ce qui concerne le nombre de contaminations, mais elle se terminera plus rapidement”., ajoutant que des efforts sont en cours afin d'”augmenter la capacité d’accueil des hôpitaux”.

Les établissements sanitaires privés avaient lancé, il y a près de deux semaines, un nouveau cri d’alarme face à la situation sanitaire dans le pays, et mis en garde contre une “catastrophe inévitable dans les jours à venir”, déplorant leur incapacité à assurer de l’oxygène, des médicaments et des équipements médicaux pour traiter les patients atteints de Covid-19.

“Situation dangereuse”
De son côté, le président de la commission parlementaire de la Santé, Assem Araji, a estimé, dimanche, qu'”une augmentation du nombre de contaminations est prévue au Liban à partir des deux prochains jours, en raison des contacts qui ont massivement eu lieu vendredi et samedi derniers”, lors des célébrations du Nouvel An. Dans un entretien radio, il a précisé qu’une fermeture totale serait déterminée en fonction de l’évolution de la pandémie”.

“Nous ne voulons pas nous diriger vers une fermeture du pays, mais tout est possible, a-t-il indiqué. Le Dr Araji a enfin souligné que “nous nous trouvons dans une situation dangereuse, du fait du manque de lits dans les hôpitaux et de l’exode du personnel médical”. “Nous n’avons pas les moyens de faire face au coronavirus”, a-t-il dit, appelant la population à la prudence. 

Pour sa part, le président du Comité exécutif pour la vaccination contre le Covid-19, Eid Azar, avait indiqué samedi, dans un tweet, que “la vague actuelle se caractérise par davantage d’infections au niveau de la gorge et moins d’infections pulmonaires”. Le spécialiste a précisé que “des personnes vaccinées ou qui ont déjà contracté le Covid-19 ont également été contaminées”. “Il est fort probable qu’il n’y ait pas beaucoup de pression sur les hôpitaux comme c’était le cas l’année dernière”, a-t-il ajouté, estimant que “les prochains jours le confirmeront”. 

Source : https://www.lorientlejour.com/article/1286372/abiad-nous-sommes-prets-a-boucler-le-pays-si-la-vitesse-de-propagation-du-virus-saccelere.html