«Pour un mois, je vais m’en passer» : amené à disparaître, le passe vaccinal a-t-il encore un sens ?

«Pour un mois, je vais m’en passer» : amené à disparaître, le passe vaccinal a-t-il encore un sens ?

Alors que son application est toute récente, le passe vaccinal vit-il déjà ses derniers instants ? Les membres du gouvernement, encouragés par la décrue épidémique qui s’est amorcée, évoquent déjà sa fin. Ce qui crée chez certains un sentiment de « à quoi bon ? ».

Sans dose de rappel ni contamination récente, le passe vaccinal n'est désormais plus valide que quatre mois au lieu de sept (illustration). LP/Delphine Goldsztejn

Tout juste 24 heures après son durcissement, le passe vaccinal mis en place après de nombreuses péripéties a déjà une possible date de péremption. Invité de Franceinfo ce mercredi matin, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a annoncé que l’on pourrait « commencer à alléger le passe vaccinal » à la mi-mars « mais le conserver dans les endroits qui sont très à risque, comme les discothèques et là ce serait jusque fin mars, début avril ». Un horizon déjà évoqué il y a une semaine par Gabriel Attal… au risque de brouiller le message.

Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste de communication politique et professeur à Sciences-po, y voit ainsi un symptôme de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement depuis deux ans, et une approche « plus politique que sanitaire ». « C’était une mesure de négociation avec la population : si vous vous comportez correctement, vous êtes récompensés. C’est un double langage, avec des injonctions contradictoires : il faut le faire mais en même temps c’est bientôt terminé. On impose et on donne espoir, un en même temps qui rend fou les gens », analyse le professeur. Car si cette stratégie du bâton ou de la carotte a bien fonctionné (38 millions de Français ont reçu une dose de rappel, l’objectif premier du passe), elle peut aussi « perdre les Français », appuie-t-il.

Les Français que nous avons interrogés, eux, semblent n’avoir retenu qu’un message : le passe vaccinal vit ses dernières heures. Lou, une vendeuse toulousaine de 24 ans, fait partie des fraudeurs passés sous les radars ces derniers mois : « Le passe sanitaire que l’on m’avait prêté a pris fin. S’il n’y a qu’un mois de privation, je vais m’en passer », concède-t-elle. Même chose pour Didier, agriculteur quadragénaire des Landes. « J’ai adapté mes activités. La plupart de mes amis ne sont pas vaccinés, eux non plus. Je me suis dit que c’était une période de ma vie où je devais me restreindre, que cette situation ne va pas s’éterniser », philosophe-t-il.

Sans restaurant, « je vais faire des économies »

Ce discours de relâchement est également partagé par une partie des personnes doublement vaccinées, qui devaient logiquement recevoir une troisième dose. Au moins quatre millions de personnes ont ainsi perdu leur passe ce mardi, et certains n’hésitent pas à évoquer ces signaux contradictoires comme argument. C’est le cas de Laurent, ce loueur immobilier des Pyrénées-Atlantiques. « Il y a quelques jours, j’ai fait des recherches et j’ai vu que le gouvernement prévoyait déjà la fin. Comme je n’aime pas les piqûres, je vais m’en passer et faire attention. Je sortirai un peu moins, ce à quoi nous a habitués le Covid », résume le trentenaire. « Je vais prendre des menus à emporter, ce n’est pas grave. En plus, je vais faire des économies », prévoit quant à lui Gilles, un quinquagénaire dijonnais qui s’est arrêté aussi à deux doses.

Le passe vaccinal aura-t-il donc vraiment aidé le gouvernement à lutter contre la flambée de l’épidémie ? Le député de la majorité Gaël Le Bohec balaye l’idée qu’il n’a servi à rien, non sans tacler l’opposition parlementaire. « On a fait en sorte que ça aille le plus vite possible pour sauver des vies, mais elle nous a fait perdre trois semaines », critique-t-il. Sur le plan sanitaire, Antoine Flahault défend également l’utilité du passe vaccinal, quand bien même il ne durerait pas. « Les points de vaccination qui ont été grappillés sont toujours des vies de sauvées », note le directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève (Suisse), qui applaudit une mesure ayant placé la France dans les pays les plus vaccinés au monde.

Deux scénarios se présentent désormais à nous. Dans le premier, l’épidémie s’essouffle, et le passe vaccinal disparaît. « Les Français ne comprendraient pas le maintien de la mesure si l’accalmie venait à se confirmer », se projette ainsi Antoine Flahault, même s’il y a fort à parier qu’avec l’amélioration des conditions sanitaires, le nombre d’injections quotidiennes se mettrait à diminuer naturellement dans les prochaines semaines. Dans le second, l’épidémie gagne à nouveau en intensité, en raison par exemple du variant Omicron BA.2. « On ne sait jamais combien va durer l’accalmie… » rappelle ainsi l’épidémiologiste. Le cas échéant, le passe vaccinal pourrait bien avoir une deuxième vie.

Source : https://www.leparisien.fr/societe/pour-un-mois-je-vais-men-passer-amene-a-disparaitre-le-passe-vaccinal-a-t-il-encore-un-sens-17-02-2022-LYZ7YDTNLRGAXPFEXQRBZTHILU.php

Covid-19 : les projections optimistes de l’Institut Pasteur pour les trois prochaines semaines

Selon ces projections, le nombre de nouvelles hospitalisations quotidiennes pourrait passer à 500 le 27 février, contre 1 570 le 11 de ce mois.

Dans ses dernières projections épidémiologiques, mises en ligne mercredi 16 février, l’Institut Pasteur anticipe, pour les deux semaines à venir, une forte diminution des admissions à l’hôpital, au niveau national et dans les régions métropolitaines. « Je suis plutôt optimiste pour les semaines à venir », résume Simon Cauchemez, qui a coordonné ce travail. De fait, les dernières déclarations du ministre de la santé semblent ouvrir un horizon plus respirable. « A la mi-mars, si les hôpitaux sont en état normal de fonctionnement, et si la circulation du virus est très faible, nous pourrons enlever les masques pour les adultes et les enfants, pour tout ou partie des lieux fermés, y compris sans passe », a déclaré Olivier Véran, mercredi, sur Franceinfo.

Vendredi 11 février, 1 570 nouvelles admissions quotidiennes à l’hôpital (hospitalisations conventionnelles et soins critiques) étaient recensées. D’ici au 27 février, ce nombre pourrait être divisé par trois, pour atteindre environ 500 nouvelles admissions, prévoit l’Institut Pasteur. Les admissions quotidiennes en soins critiques, elles, pourraient passer de 200 à 70 environ.

Les lits occupés en hospitalisation conventionnelle, plus de 17 000, passeraient à 8 000 environ. Et les lits occupés en soins critiques de 3 200 à 1 800 environ. Seul bémol, « notre modèle a eu tendance à sous-estimer les durées de séjour ces derniers temps, ce qui pourrait le rendre trop optimiste sur la décrue des lits occupés », précise Simon Cauchemez.

Ces projections à court terme se fondent sur deux indicateurs principaux : la dynamique du nombre de cas, et celle du pourcentage de tests (PCR ou antigéniques) positifs. Les chercheurs font tourner en parallèle six modèles statistiques différents puis ils en font une moyenne, « ce qui permet de lisser les limites de chaque modèle », explique le chercheur.

Lire la suite