Réforme des retraites : le ballon d’essai de l’Elysée laisse les syndicats perplexes

En laissant entendre que le chef de l’Etat pourrait vouloir réformer les régimes spéciaux avant l’élection présidentielle, l’entourage d’Emmanuel Macron a cueilli à froid les partenaires sociaux. D’autant qu’il n’en a pas été question lors des rencontres organisées la semaine dernière à Matignon. L’incrédulité domine.

par Frantz Durupt

publié le 7 septembre 2021 à 9h03
 
 
 

Un peu comme les morts-vivants, la réforme des retraites revient toujours. Surtout quand on croit s’en être débarrassé. Reçues la semaine dernière à Matignon, les principales organisations syndicales pensaient avoir été claires sur le fait qu’aucune ébauche de discussion n’était envisageable sur le sujet, quoi que désire l’exécutif. «Il n’y a pas de voie de passage pour une quelconque réforme d’ici 2022. Et donc toute concertation qui s’opérerait serait un peu lunaire», tranchait Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, à l’issue de sa rencontre avec le Premier ministre, Jean Castex. Son homologue de la CGT, Philippe Martinez, affirmait que la question avait été évacuée en «trente secondes». Partant de quoi certains croyaient le sujet clos pour quelques mois. Mais des fuites opportunes de l’Elysée dans la presse en ont décidé autrement.

«Je pars le vendredi en me disant : “c’est bon, on a évacué le sujet retraites”… et je le retrouve le lundi», relève Frédéric Sève avec une pointe d’amusement, mais aussi d’exaspération. Comme ses homologues dans d’autres organisations syndicales, le secrétaire national de la CFDT a lu les récents articles de presse affirmant qu’Emmanuel Macron voudrait, d’ici l’élection présidentielle, supprimer les régimes spéciaux et instaurer la pension minimale à 1 000 euros. Deux mesures visant notamment les agents de la RATP et des industries électriques et gazières (EDF, Engie) qui faisaient partie de la réforme suspendue depuis mars 2020, mais dont il n’était quasiment plus question ces derniers mois, le chef de l’Etat et plusieurs ministres préférant insister sur la nécessité selon eux de «travailler plus longtemps», et donc de partir plus tard en retraite.

 

Flatter l’électorat de droite

Pour les quelques responsables syndicaux sondés par Libération, cette fuite élyséenne a tous les airs d’un ballon d’essai purement politicien. «La suppression des régimes spéciaux ferait peut-être plaisir à un certain électorat, mais est-ce que c’est une priorité pour les Français s’interroge Frédéric Sève. Selon lui, cette mesure «avait du sens quand on discutait d’un régime universel à points, puisqu’on les remplaçait par autre chose. Mais là, ça veut dire quoi ? S’il s’agit de converger avec le régime général, c’est déjà largement engagé». «En réalité, la majorité des régimes spéciaux sont déjà bien fermés», abonde Michel Beaugas, secrétaire confédéral chez FO. «A la SNCF, aucun nouvel entrant ne bénéficie du statut de cheminot. C’est pareil chez EDF», ajoute-t-il.

 

Mais les intentions d’Emmanuel Macron peuvent-elles au moins être concrétisées d’ici l’élection présidentielle ? Techniquement, oui, pense Michel Beaugas : «Il suffit de glisser des articles dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS)» qui sera examiné cet automne, avance-t-il. En attendant, il prévient que FO «appellera à la grève» si l’exécutif confirme ses intentions. Fin 2019, le mouvement social massif et durable à la RATP avait marqué le conflit contre la réforme des retraites. Une intersyndicale réunissant la CGT, FO, Solidaires et la FSU a annoncé la semaine dernière une mobilisation nationale le 5 octobre sur plusieurs questions sociales, notamment les salaires. Il ne serait pas compliqué d’y adjoindre cette question.

Source : https://www.liberation.fr/economie/social/reforme-des-retraites-le-ballon-dessai-de-lelysee-laisse-les-syndicats-perplexes-20210907_KGPXVQOHYRAEZISJIZNM3VMR6U/