Santé. 3,3 millions de personnes sont touchées par l’infertilité en France, un rapport alerte

Santé. 3,3 millions de personnes sont touchées par l’infertilité en France, un rapport alerte

Chef du service biologie de la reproduction au CHU de Montpellier, le Professeur Samir Hamamah vient de remettre, avec Salomé Berlioux, au ministre de la Santé Olivier Véran, un rapport sur les causes de l’infertilité. Un plan d’action national doit être lancé. Pour ce spécialiste, c’est une urgence vitale.

Le rapport remis à Olivier Véran ministre de la santé indique qu’un couple sur six de l’âge de 25 ans aura des problèmes d’infertilité (photo d’illustration). | ARCHIVES

Chef du service biologie de la reproduction au CHU de Montpellier, le Professeur Samir Hamamah vient de remettre, avec Salomé Berlioux, au ministre de la Santé Olivier Véran, un rapport sur les causes de l’infertilité.

L’infertilité est définie comme l’incapacité des personnes/couple à produire une descendance viable. Plus précisément, elle se traduit par l’absence de grossesse après un à deux ans de rapports sexuels réguliers sans contraception. L’infertilité se distingue de la stérilité qui, elle, est l’incapacité totale pour un individu ou un couple de concevoir naturellement un enfant.

 

Chef du service biologie de la reproduction au CHU de Montpellier, le Professeur Samir Hamamah | OUEST-FRANCE

 

Votre premier constat, c’est que l’infertilité ne cesse d’augmenter en France. Dans quelles proportions ?

L’homme, dans les pays développés, a perdu plus de 50 % de sa production spermatique en trente ans. 3,3 millions de personnes sont touchées par l’infertilité en France. Avec le ou la partenaire, cela représente 6,6 millions de personnes. Un couple sur six de l’âge de 25 ans aura des problèmes d’infertilité. C’est un véritable problème de santé publique. Il s’agit de préserver l’espèce humaine, qui pourrait disparaître.

Ce n’est pas un peu exagéré ?

Il y a deux scénarios : le plus pessimiste prévoit sa disparition au bout d’un siècle et demi, le plus optimiste dans deux siècles. Pour qu’une société se perpétue, il faut 2,6 enfants par famille. En France, on est passé de 2,1 à 1,83. L’Allemagne est passée à 1,5. L’Espagne, le Portugal et l’Italie à 1,3. La Russie à 0,9. Un pays comme la Chine, qui compte 1,5 milliard d’habitants, prévoit de passer à 750 millions en 2050.

Quelles sont les causes principales de l’infertilité ?

 

Il y en a trois. Il y a d’abord les causes sociétales. Les femmes sont de plus en plus émancipées. Le temps qu’elles finissent leurs études, qu’elles trouvent le prince ou la princesse, qu’elles s’installent dans la vie, l’âge moyen du premier enfant ne cesse de reculer : 30 ans et 9 mois dans les grandes villes aujourd’hui, quand c’était 25 ans il y a vingt-cinq ans. Or la fertilité chute avec l’âge. Une femme de 30 ans a une chance sur quatre d’être exposée à un problème d’infertilité, une femme de 35 ans sur trois, une femme de 40 ans sur deux.

Quelles sont les autres causes ?

La deuxième cause, ce sont les raisons médicales. Et la troisième, les causes environnementales. On est exposé sans le savoir à une centaine de molécules par jour. Les perturbateurs endocriniens sont responsables d’une baisse de notre fertilité. Quand une jeune femme achète un rouge à lèvres, un fond de teint, un parfum, elle devrait savoir ce qu’il contient, et à quoi elle s’expose.

Quelles sont vos propositions ?

Nous avons formulé 21 recommandations. Pour les perturbateurs endocriniens, nous proposons un logo « reprotoxique ». Notre principale recommandation, c’est la mise en place d’un institut national de la fertilité, une structure qui incarne cette problématique en amont comme en aval, comme on l’a fait pour le cancer. Nous demandons aussi un plan Marshall pour la recherche.

Et dans le domaine de la prévention ?

La dernière loi de bioéthique, en août dernier, a amené un progrès avec la préservation des gamètes pour des raisons médicales. Jusqu’alors, ce n’était autorisé qu’en cas de maladie grave, avant d’engager un traitement potentiellement stérilisant. Si vous avez 30 ans et pas de projet d’enfant dans l’immédiat, vous pouvez désormais mettre en banque quelques ovocytes, au cas où. Dans le domaine de la prévention, nous proposons d’informer dès le collège. On parle de santé sexuelle, d’IVG, de contraception, de MST, mais jamais de la santé reproductive. Il faut aussi en parler au niveau de la médecine scolaire, universitaire, de la médecine du travail. Ce sont des choses que vous devriez savoir quand vous êtes recruté, à 25-30 ans.

Tout le monde ne veut pas forcément avoir des enfants…

Chacun mène sa vie comme il l’entend. Notre but, avec ce rapport, n’est pas de moraliser, ou de culpabiliser, mais de tirer la sonnette d’alarme. Chacun a le droit à l’information la plus juste et la plus exacte avant de prendre sa décision. Quels que soient vos revenus et votre niveau d’études, quand vous désirez avoir un enfant et que vous n’y parvenez pas, le ciel vous tombe sur la tête. Vous ne vivez plus. La PMA, qui concerne 3,6 % des accouchements en France, n’est pas une baguette magique. Le taux de succès est de 20 %. Au lieu de dire « je fais un enfant quand je veux », il faudrait dire, « je fais un enfant quand je peux ».

Un plan d’actions national doit être lancé fin mars à partir de vos propositions. Est-il toujours d’actualité dans cette période électorale ?

Je l’espère. J’espère que les candidats vont s’approprier cette problématique de l’infertilité. C’est l’affaire de tout le monde. Il s’agit de notre avenir, et de l’avenir de nos enfants.

Source : https://www.ouest-france.fr/sante/sante-3-3-millions-de-personnes-sont-touchees-par-l-infertilite-en-france-un-rapport-alerte-2d9f53ee-9d38-11ec-ba4a-916679fca3ae

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