Textos échangés avec le PDG de Pfizer : les petits secrets d’Ursula von der Leyen

Textos échangés avec le PDG de Pfizer : les petits secrets d'Ursula von der Leyen

La Commission européenne a refusé de dévoiler des échanges par SMS entre sa présidente Ursula von der Leyen et le PDG de Pfizer, qui ont eu lieu à l’époque des négociations du contrat pour l’achat de doses de vaccin.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en conférence de presse à Bruxelles, le 18 octobre 2021 afp.com/YVES HERMAN

Comment donner du grain à moudre aux théories complotistes sur les vaccins anti-Covid-19 ? Des messages échangés entre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le PDG du laboratoire Pfizer, Albert Bourla, soulèvent de nombreuses questions, qui resteront sans doute sans réponse.  

Dans une interview accordée au New York Times en avril 2021, l’ancienne ministre allemande de la Défense expliquait avoir discuté avec le PDG grec pendant un mois, à la même époque, alors que les négociations du contrat pour l’achat de 1,8 milliard de doses de vaccins, pour un montant de 35 milliards d’euros, étaient en cours. . La particularité de ce contrat, conclu en mai, est qu’il a porté le coût de la dose de 15,50 à 19,50 euros, soit une augmentation d’un quart du prix, ce qui n’est guère un résultat brillant vu la quantité commandée… Malgré cet aveu, elle a refusé de dévoiler la teneur des messages à la journaliste. 

En effet, l’exécutif européen, qui était en charge de négocier les achats de vaccins pour le compte des Etats membres, a accepté de lui transmettre trois documents (un e-mail, une lettre et un communiqué de presse) mais aucun SMS. La journaliste du quotidien américain a alors fait une demande d’accès à ces échanges ainsi qu’aux documents relatifs à la conclusion de cet énorme contrat. Devant un refus de la Commission, estimant que ces SMS ne font pas partie des documents enregistrés par l’institution, la journaliste s’est tournée vers la médiatrice de l’UE, Emily O’Reilly, qui a ouvert une enquête en septembre 2021.

Manque de transparence

Cette dernière est montée au créneau contre Ursula von der Leyen et la Commission européenne dans ses conclusions résumées dans un communiqué publié vendredi, fustigeant la non-transparence de l’institution sur le sujet. “La façon limitée avec laquelle cette demande d’accès public aux documents a été gérée signifie qu’aucune tentative n’a été faite pour identifier si les textos en question existaient. Cette façon d’agir ne répond pas aux attentes en matière de transparence et de normes administratives au sein de la Commission”, écrit-elle.  

L’Irlandaise Emily O’Reilly a alors demandé que le cabinet d’Ursula von der Leyen procède à “une recherche plus approfondie” afin de retrouver ces messages et évaluer si leur contenu peut être révélé conformément aux règles de transparence applicables aux documents de l’UE. 

“En ce qui concerne le droit d’accès du public aux documents de l’UE, c’est le contenu du document qui importe et non le support ou la forme. Si les textos concernent des politiques et des décisions de l’UE, ils doivent être traités comme des documents de l’UE. L’administration de l’UE doit mettre à jour ses procédures en matière d’enregistrement de documents pour être en phase avec les pratiques actuelles, poursuit-elle. L’accès aux documents de l’UE est un droit fondamental”. 

 

Terrain pour la désinformation

La médiatrice a alors appelé à une évolution en termes de transparence : “Bien qu’il s’agisse d’une question complexe pour diverses raisons, les pratiques administratives de l’UE devraient évoluer et être en adéquation avec le monde dans lequel nous vivons et avec les outils de communication que nous utilisons aujourd’hui”. Elle a donné jusqu’au 26 avril à la Commission pour répondre à ses recommandations, qui ne sont toutefois pas contraignantes. 

Dans un discours prononcé la veille à Bruxelles sur le thème “Transparence et participation face à l’incertitude scientifique”, Emily O’Reilly insiste sur la nécessité de franchise et de transparence avec le public, alors que la méfiance envers l’information concernant la pandémie ne cesse de grandir.  

“Dans un environnement décisionnel aussi complexe, les autorités publiques doivent être franches avec le public. Ce n’est qu’en agissant ainsi – en déclarant que leurs décisions sont fondées sur les meilleurs conseils disponibles, mais en admettant que ces conseils peuvent changer et en faisant preuve de transparence lorsqu’ils le font – qu’ils peuvent vraiment inspirer confiance au public et éviter la désinformation”, souligne-t-elle. Et d’abonder : “L’absence de transparence totale est devenue un terrain fertile pour la spéculation.” 

“Cette affaire est plus importante qu’un simple échange de SMS”, a estimé de son côté l’eurodéputée néerlandaise Sophie in’t Veld (Renew Europe). “La Commission européenne est devenue moins transparente, moins responsable devant le Parlement européen et franchement plus déconnectée de la démocratie européenne”, a-t-elle dénoncé, appelant le Parlement européen à réagir.  

Un deuxième “SMS gate” pour Von der Leyen

L’affaire pose un réel problème de confiance envers la présidente de la Commission européenne, d’autant qu’elle s’est déjà retrouvée mêlée à une polémique semblable, rappellent différents médias, dont le quotidien néerlandais De Telegraaf.  

Ursula von der Leyen était alors ministre de la Défense sous la gouvernance d’Angela Merkel et avait été sous le coup d’une enquête de la commission du Bundestag concernant des contrats de conseil passés par son ministère pour un montant de 200 millions d’euros, avec des consultants extérieurs.

Source : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/textos-echanges-avec-le-pdg-de-pfizer-les-petits-secrets-d-ursula-von-der-leyen_2167051.html