The Lancet regrette le manque de transparence de Washington et Pékin sur l’origine du Covid

Le rapport publié dans The Lancet déplore le manque de transparence sur les activités menées dans les laboratoires de recherche (illustration).

Un rapport consacré à la gestion de la pandémie réaffirme que l’hypothèse d’un virus échappé d’un laboratoire reste plausible et regrette que les Etats-Unis, comme la Chine, n’aient pas fourni d’informations détaillées sur leurs recherches.

Le rapport publié le 14 septembre dans The Lancet, fruit de deux ans de travail d’une trentaine d’experts, est consacré aux leçons à tirer de la pandémie pour l’avenir, et consacre une large part aux erreurs et défaillances des gouvernements nationaux comme des organisations internationales. Il revient aussi sur la délicate question de l’origine du Covid-19, objet de nombreuses tentatives d’explications, de controverses et de plusieurs enquêtes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Chine.

La réponse définitive se fera encore attendre, puisque les auteurs indiquent que l’origine du Covid-19 «reste inconnue». Les deux hypothèses principales demeurent celles d’une zoonose provenant d’animaux sauvages ou d’animaux d’élevage avant que le virus ne soit ensuite transmis à l’homme via un marché, et celle d’un incident lié à la recherche en laboratoire.

Dans cette deuxième hypothèse, trois cas de figure sont évoqués : une infection d’un chercheur sur le terrain, une infection au sein du laboratoire avec un virus naturel et enfin une infection au moyen d’un virus créé par l’homme. «Chacune de ces hypothèses reste plausible», écrivent les auteurs, n’excluant donc pas le scénario d’un virus échappé d’une unité de recherche.

Washington et Pékin renvoyés dos à dos 

Ladite unité pourrait être soit chinoise, soit américaine, envisage la commission du Lancet, qui déplore un déficit de transparence de la part des deux pays sur les activités de recherche menées en amont de la pandémie. «Aucune enquête indépendante et transparente n’a été menée sur la bio-ingénierie des virus similaires […] qui était en cours avant l’apparition du Covid-19», regrettent les experts, soulignant que les recherches sur la famille des Sars-CoV (le type de virus qui cause entre autres le Covid-19) s’est beaucoup développée à partir des années 2000. Celle-ci incluait la création de virus et a donné lieu à des mises en garde d’une partie des scientifiques quant aux risques liés à ces manipulations.

Ces experts soulignent que les bases de données, les échanges d’e-mails, les registres et les échantillons des institutions impliquées dans ces recherches «n’ont pas été mis à la disposition de chercheurs indépendants». Par conséquent, ceux-ci n’ont pas encore enquêté sur les laboratoires américains impliqués dans ce type de recherches et n’ont pas non plus pu investiguer en détail les activités du laboratoire chinois de Wuhan, précise le rapport. De plus, dans le cas des Etats-Unis, les Instituts américains de la santé (NIH) se sont montrés réticents à divulguer les détails de ces recherches, ne fournissant que des «informations expurgées» en se cantonnant aux exigences de la loi sur l’accès à l’information (Freedom of Information Act).

Les experts appellent donc au lancement de travaux indépendants et impartiaux sur les origines du virus : selon eux, l’identification des origines du Covid-19 nécessiterait la constitution d’équipes internationales composées d’experts en virologie, en épidémiologie ou encore en bio-informatique, qui seraient soutenues par tous les gouvernements. Une perspective qui semble peu réaliste sans changements notables dans les relations internationales, puisque le rapport note aussi que «la coopération entre les gouvernements a été minée par la rancœur entre les grandes puissances» et que les Etats n’ont pas fait preuve d’une solidarité suffisante au cours de la pandémie.

Fin juillet 2022, deux autres études parues dans la revue Science ont à nouveau appuyé l’idée que le marché de la ville de Wuhan, en Chine, avait constitué l’épicentre de la pandémie, mais sans se prononcer définitivement. En juin, un groupe d’experts nommé par l’OMS avait remis un rapport préliminaire sur l’origine de la pandémie de Covid-19, insistant aussi sur l’absence de preuves définitives sur l’origine de la pandémie et la nécessité de poursuivre les investigations sur toutes les hypothèses, y compris celle de la fuite d’un laboratoire.

En 2021, le président américain Joe Biden avait accusé la Chine de dissimuler des «informations cruciales sur les origines de la pandémie», malgré l’incapacité de ses propres services de renseignement à apporter une explication tranchée sur ce point. Pékin avait alors vivement réagi, reprochant au renseignement américain de se fonder sur une «présomption de culpabilité de la part de la Chine». Depuis l’apparition du virus en 2019, le débat sur ses origines est virulent dans la communauté scientifique et a pris une dimension politique qui complique l’enquête.

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