Un autre médicament homologué contre le paludisme présente un potentiel contre le COVID-19

Un antipaludéen est le dernier médicament que les chercheurs ont identifié comme un traitement potentiel du COVID-19.
Dans une étude en laboratoire, les scientifiques ont constaté que l’atovaquone inhibait la réplication du SRAS-CoV-2 dans les cellules pulmonaires humaines.
Les effets se sont produits in vitro contre les variants Alpha, Beta et Delta.
Des essais cliniques sont nécessaires pour voir s’il est possible de reproduire ces résultats chez les personnes atteintes du COVID-19.

 

L’Omicron se propageant à une vitesse alarmante et le nombre de décès dus au COVID-19 dépassant désormais largement les 5 millions, la recherche de traitements efficaces contre le COVID-19 devient de plus en plus urgente.

Les scientifiques ont envisagé de nombreux médicaments, mais peu d’entre eux se sont avérés prometteurs. Même le molnupiravir, salué par de nombreuses personnes comme pouvant changer la donne contre le COVID-19, ne semble pas être à la hauteur des espérances. Dans les essais cliniques, l’efficacité réelle dans la prévention des symptômes graves de COVID-19 est nettement inférieure à ce que les essais initiaux suggéraient.

Les anticorps monoclonaux présentent certains avantages cliniques dans la prévention des symptômes graves du COVID-19, mais les professionnels de santé doivent les administrer par voie intraveineuse. Chez les patients gravement malades sous ventilateur, la dexaméthasone, un stéroïde oral, peut réduire jusqu’à un tiers les décès dus au COVID-19.

La recherche de traitements oraux efficaces, capables de prévenir ou de minimiser les symptômes, est donc toujours en cours. De nombreux chercheurs testent des médicaments homologués qu’ils pourraient réorienter pour traiter ou prévenir le COVID-19.

Étude en laboratoire

Aujourd’hui, une étude de laboratoire danoise a publié des résultats suggérant que l’atovaquone a un effet protecteur contre le coronavirus dans les cellules pulmonaires humaines. L’atovaquone fait partie de l’antipaludéen MalaroneTrusted Source, que les médecins utilisent pour le traitement et la prévention du paludisme depuis 1999.

S’adressant à Medical News Today, le Dr William Schaffner, professeur de maladies infectieuses au Vanderbilt University Medical Center, Nashville, TN, a salué l’étude : “Tout le monde est enthousiaste lorsqu’un médicament déjà utilisé auparavant [semble prometteur en laboratoire] parce que nous avons évidemment une grande expérience clinique pour le soutenir. Il est déjà homologué. Mais maintenant, nous devons voir s’il fonctionne vraiment chez l’homme. C’est un pas de géant”.

L’étude menée par une équipe de l’université d’Aarhus a révélé que l’atovaquone bloquait l’infection par les variants Alpha, Beta et Delta de COVID-19 dans des cellules pulmonaires humaines in vitro.

Toutefois, le Dr Schaffner a appelé à la prudence : “Bien sûr, il s’agit d’une étude de laboratoire. Ce qui signifie qu’elle est provocatrice mais précoce. Je n’aime pas la mettre dans la même catégorie, mais je pensais justement à une autre étude qui semblait bonne en laboratoire mais qui a échoué…

Effets antiviraux

Les chercheurs ont lancé l’étude à la suite de données anecdotiques recueillies au Canada, selon lesquelles les personnes prenant de la Malarone semblaient avoir une certaine résistance au COVID-19. Soit elles ne contractaient pas le virus, soit les symptômes n’étaient pas graves si elles le contractaient.

Les chercheurs ont étudié le potentiel antiviral de l’atovaquone précédemment. Une étude de 2019Trusted Source a montré qu’elle inhibait la reproduction du virus Zika in vitro. Dans cette étude, les chercheurs ont suggéré que l’atovaquone inhibait la réplication de l’ARN, empêchant ainsi le virus de se reproduire.

Une autre étude de laboratoire réalisée en 2020 a révélé que le médicament inhibait la fusion du virus Zika et du virus de la dengue avec les membranes des cellules hôtes. Les virus fusionnent avec les membranes cellulaires pour envahir les cellules hôtes.

Comment cela peut-il fonctionner ?

Les chercheurs ont avancé plusieurs mécanismes possibles pour expliquer l’effet observé de l’atovaquone sur le SRAS-CoV-2. Ils suggèrent qu’elle pourrait inhiber la réplication virale, empêcher la liaison de la protéine du pic aux récepteurs ACE2Source fiable, et prévenir l’expression des marqueurs inflammatoires.

“Je ne veux pas critiquer l’étude, mais je ne suis pas convaincu que ce soit un énorme pas en avant. J’aimerais qu’on me prouve que j’ai tort. J’aimerais que les données cliniques montrent que cela fait vraiment quelque chose.” Le Dr Jonathan Stoye, virologue à l’Institut Francis Crick de Londres, au Royaume-Uni, a déclaré à MNT.

Il a ajouté : “[Ce qui est préoccupant dans cette étude la plus récente, c’est qu’elle n’a pas mis en évidence un seul mécanisme. Elle suggère en quelque sorte qu’il y a un peu de ceci, un peu de cela et un peu d’autre chose. Je ne trouve pas cela très convaincant”.

Essais cliniques

Deux petits essais cliniques de l’atovaquone sont déjà en cours. L’un, un essai de stade 2 au Texas, s’est terminé en janvier de cette année, mais les résultats n’ont pas été rendus publics. Cela soulève des questions pour le Dr Stoye : “J’aimerais voir certaines données de cet essai clinique. Je me demande ce qu’il a vraiment montré. On aurait pu penser que s’il avait montré quelque chose, nous en aurions entendu parler.”

On ignore si les chercheurs prévoient des essais cliniques de plus grande envergure. Comme l’a fait remarquer le Dr Schaffner : “Sauter à un essai clinique est un investissement très, très important. Il faut être très convaincu que quelque chose va fonctionner”.

L’atovaquone pourrait avoir un potentiel, mais des preuves supplémentaires sont nécessaires. La chasse aux traitements efficaces contre le COVID-19 se poursuit.

Source : https://www.medicalnewstoday.com/articles/another-approved-malaria-medicine-shows-potential-against-covid-19#Clinical-trials