Vaccin anticovid : «Il faut arrêter le délire»

Vaccin anticovid : «Il faut arrêter le délire»

Les pétitionnaires ont été accompagnés par des figures aux théories contestées, dont le professeur Luc Montagnier, ancien prix Nobel de médecine (2e à g.). (Photos : Hervé Montaigu)

Deux pétitions, une poignée d’experts, dont un ancien prix Nobel, et des avis fortement divergents. Le débat tenu, mercredi, à la Chambre sur la vaccination contre le covid s’est transformé en dialogue de sourds.

«Ce vaccin est un poison.» Le professeur français Luc Montagnier est venu dénoncer, mercredi, devant les députés luxembourgeois le fait que le monde scientifique, politique et médiatique est soumis à une «immense campagne de marketing» des grands groupes pharmaceutiques décidés à vendre par force un sérum contre le covid, une «maladie assez bénigne» qui ne serait en rien comparable à la «peste ou le choléra».

Ces propos ne sont pas l’œuvre d’un praticien quelconque. Le Pr Montagnier est un ancien prix Nobel de médecine qui a contribué à la découverte du virus du sida. Âgé aujourd’hui de 89 ans, le virologue est désormais fortement décrié par des pairs pour ses théories sur le covid et les vaccins de type ARNm. L’on serait «confronté à quelque chose qui va changer complètement la civilisation». Autre théorie : les variants du covid sont provoqués par les vaccins.

 

Au départ, la Chambre des députés était amenée à débattre de deux pétitions publiques : une première dirigée contre l’obligation vaccinale, qui a récolté quelque 11 500 signatures, et une seconde demandant d’interdire l’administration de vaccins de «type thérapie génétique» aux enfants (4 700 signatures). En présence d’autres experts médicaux et scientifiques, remettant en question la gravité du covid et les sérums développés pour endiguer la pandémie, les discussions se sont rapidement concentrées sur les caractéristiques néfastes qu’aurait le vaccin.

Prendre du recul

Les autorités seraient exposées à «des conflits d’intérêts majeurs» en raison de leur proximité avec les fabricants de vaccins. «Ce vaccin ne repose sur aucune référence scientifique. Ce produit n’est pas un vaccin. Il faut arrêter le délire», insiste le professeur français Christian Perronne, deuxième invité de «marque» des pétitionnaires. L’infectiologue français, longtemps engagé dans les autorités sanitaires de l’Hexagone, est lui également très contesté parmi une très grande majorité de la communauté scientifique pour ses «assertions trompeuses» sur le covid. Il est non seulement venu reprocher aux responsables politiques d’être corrompus, mais aussi de commettre un crime en cautionnant l’emploi de ces vaccins qui «modifient l’ADN». «Selon l’avis du gros des scientifiques, les génomes ne sont pas modifiés par les vaccins ARNm», contre le Dr Jean-Claude Schmit, le directeur de la Santé.

Le consensus scientifique sur le covid et l’apport des vaccins «n’existent pas», selon les experts et les autres orateurs qui ont pris la parole mercredi à la Chambre. Une des affirmations les plus posées fut peut-être celle de la directrice de recherche Alexandra Henrion-Caude : «Les vaccins ne disposent pas encore de la maturité suffisante. Au lieu d’établir une obligation vaccinale avec un sérum toujours en cours de développement, les politiciens feraient mieux de renvoyer les scientifiques dans les laboratoires afin d’établir un vaccin efficace qui empêche les transmissions du virus.» Cela n’empêche pas que cette généticienne française est aussi contestée parmi ses consœurs et confrères.

Tout aussi contestée est la solution privilégiée par les pétitionnaires et les experts présents mercredi : un recours plus massif aux traitements anticovid à base d’ivermectine, d’hydroxychloroquine et d’azithromycine. «Il existe des études sur l’efficacité de ces médicaments, mais à ce jour, aucune ne s’est révélée être suffisante pour obtenir une autorisation de l’agence européenne ou américaine du médicament, répond le Dr Schmit. La rigueur réclamée pour la fiabilité des vaccins devrait aussi être de mise au sujet de ces médicaments.»

«Les doutes ne sont pas innocents»

Les opposants à l’obligation vaccinale et à la vaccination des enfants ont cependant persisté et signé. Pour eux, le doute l’emporte largement sur les éventuels bénéfices du sérum. Une véritable alternative, réclamée par plusieurs députés, n’a pas été mise sur la table. «Je suis clairement demandeur si quelqu’un dispose d’un remède alternatif qui va nous permettre de sortir de cette pandémie», souligne également la ministre de la Santé, Paulette Lenert. Elle tient à souligner que «les doutes émis ne sont pas innocents». «Tout n’est certainement pas parfait. Il ne faut pas pour autant banaliser le covid, qui n’est pas seulement une petite grippe. Mais s’il n’existe pas d’alternative au vaccin, on ne peut pas se contenter de douter. Même s’il s’agit de choix peu évidents, il nous faut prendre des décisions», développe la ministre socialiste.

Pour rappel, gouvernement et députés seront amenés à débattre la semaine prochaine sur l’introduction d’une obligation vaccinale au Luxembourg. Un groupe d’experts indépendants a été chargé d’évaluer si une telle mesure est justifiée. «Elle doit avoir une véritable plus-value sanitaire», termine Paulette Lenert.

La saga des effets indésirables

Les plus sceptiques prônent que les effets indésirables du vaccin anticovid sont trop peu répertoriés. Une affirmation contestée.

Même les plus provaccins ne nient pas que le sérum puisse provoquer des effets secondaires indésirables. Dans de très rares cas, ces effets peuvent être graves. Cécile Paulus, venue accompagner mercredi les pétitionnaires militant contre l’obligation vaccinale, est une de ces victimes. «J’avais de forts doutes à me faire vacciner, mais je me suis décidée à sauter le pas le 25 mars 2021. Quelques jours plus tard, j’ai ressenti de fortes douleurs. À un moment, j’étais à moitié paralysée», témoigne la dame face aux députés. Les médecins ont diagnostiqué chez elle le syndrome de Guillain-Barré. Il s’agit d’une affection rare dans laquelle le système immunitaire du patient attaque les nerfs périphériques. «Neuf mois plus tard, je souffre toujours», affirme Cécile Paulus.

«Il faut analyser chaque cas individuellement pour établir s’il existe un lien de causalité entre le vaccin et les effets secondaires», précise le Dr Jean-Claude Schmit, le directeur de la Santé. Au Luxembourg, 11 décès ont été signalés dans la foulée d’une vaccination contre le covid. Dans un seul cas, le doute sur le lien entre l’injection et le décès n’a pas pu être levé. Les effets secondaires graves se limitent à moins de 0,25 % sur le million de doses administrées en l’espace de douze mois.

Ces chiffres sont remis en doute par les plus sceptiques en ce qui concerne l’apport de la vaccination. Les déclarations d’effets secondaires par les médecins seraient très peu fréquentes. En cause, la lourdeur de la procédure, mais aussi l’influence des fabricants de vaccins et des autorités sanitaires, auxquels on reproche d’être corrompus. On cacherait ainsi de graves effets secondaires. Mercredi, lors du débat, a été citée la multiplication de myocardites et de péricardites, des thromboses, des embolies ou des morts subites, y compris de «centaines de sportifs». Plus exotique est le cas de maladie de Creutzfeld-Jakob (dégénérescence du système nerveux central), rapporté par le Pr Montagnier.

Vers un «tsunami»? 

Le dentiste Dr Romain Blum estime que les «effets secondaires sont négligés». «Je peux vous assurer qu’un véritable tsunami d’effets secondaires nous attend», ajoute le médecin luxembourgeois. En même temps, il ne nie pas que «les vaccins peuvent au moins contribuer à diminuer les formes les plus graves de covid».

Les autres médecins et scientifiques présents mercredi ont fait état de «chiffres sans précédent», notamment en ce qui concerne les effets secondaires parmi les plus jeunes «exposés à aucun risque grave» s’ils contractent le coronavirus. «J’ai vu beaucoup de patients décéder subitement après avoir été vaccinés. Je suis aussi en possession d’attestations testimoniales prouvant les souffrances de nombreuses personnes vaccinées», avance le Dr Benoît Ochs. Le médecin se trouve sous la menace d’une interdiction d’exercer en raison de ses choix médicaux controversés en relation avec le covid.