VIDÉO – Il y a plus de 20 ans, trois ex-ministres jugés dans l’affaire du sang contaminé

VIDÉO - Il y a plus de 20 ans, trois ex-ministres jugés dans l'affaire du sang contaminé

Le 9 février 1999, pour la première fois depuis le début de la Ve République, trois ex-ministres sont jugés pour des crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions dans l’affaire du sang contaminé. Les victimes espèrent alors que les responsabilités politiques seront établies.

L'ancien Premier ministre Laurent Fabius (1984-86) à la sortie de la Cour de Justice de la République (CJR), le 10 février 1999 à Paris © AFP - JACK GUEZ

“Responsable, mais pas coupable”. 20 ans après le procès de trois anciens ministres dans l’affaire du sang contaminé, les mots de Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales entre 1984 et 1986, sont toujours dans les mémoires. En février 1999, pour la première fois depuis le début de la Ve République, trois anciens responsables politiques sont jugés pour des crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions. L’ancien Premier ministre Laurent Fabius (1984-86) et deux ex-membres de son gouvernement, Georgina Dufoix (Affaires sociales) et Edmond Hervé (Santé), comparaissent devant la Cour de Justice de la République (CJR) pour homicides et blessures involontaires. Seul Edmond Hervé sera condamné mais dispensé de peine.

20 ans après, retour sur cet épisode judiciaire qui laissa un goût amer aux victimes et à leurs proches. 

Au moins 1.000 décès

9 février 1999. Après 11 ans de combat judiciaire et un premier procès, les victimes de l’affaire du sang contaminé espèrent voir les responsabilités politiques établies. L’ancien Premier ministre Laurent Fabius (1984-86), Georgina Dufoix (ex-ministre des Affaires sociales) et Edmond Hervé (ex-ministre de la Santé) comparaissent devant la Cour de Justice de la République (CJR) pour homicides et blessures involontaires.

La justice a retenu les dossiers de sept victimes mais elles sont plusieurs centaines, des personnes transfusées et des hémophiles, contaminés par le virus du sida à cause de produits sanguins distribués au milieu des années 80. Selon Edmond-Luc Henry, ancien président de l’Association Française des Hémophiles, 1.350 hémophiles ont été contaminés et 1.000 sont décédés. Qui savait ? Qui a laissé faire ? Pour les victimes, pas de doutes, le gouvernement de l’époque était informé. 

L’accusation reproche notamment aux trois responsables politiques d’avoir attendu août 1985 pour contrôler le sang des donneurs et mettre en place un test de dépistage du virus du sida alors que le nombre de cas ne cessait d’augmenter, notamment chez les populations considérées comme “non à risque”. Pour l’accusation, le délai avant de rendre ce test obligatoire visait à donner à la société française Diagnostics Pasteur le temps de rattraper son retard sur son concurrent américain Abbott. Une autre hypothèse sera avancée au procès rappelle l’AFP, celle des raisons budgétaires.

En outre, les victimes accusent les autorités d’avoir laissé écouler, jusqu’en octobre 1985, des produits sanguins tous potentiellement contaminés, car non chauffés pour inactiver le virus, et de ne pas avoir veillé à l’application de directives écartant les donneurs à risque. Huit ans plus tôt, la journaliste Anne-Marie Casteret a en effet révélé que des lots de sang contaminé ont été sciemment écoulés par le Centre national de transfusion sanguine (CNTS). 

Les prévenus dispensés de peine, les victimes scandalisées

Plusieurs moments forts rythment le procès. Dans son compte-rendu d’audience, l’AFP rapporte alors que dès le premier jour, des victimes s’en prennent violemment aux deux anciens ministres et l’ex-Premier ministre. “Ignorer l’urgence du Sida en 1985, c’est comme dire qu’on ignorait les camps de concentration en 1945″, assène la maman d’un petit garçon transfusé à la naissance, et décédé à l’âge de cinq ans. Une autre victime, Sylvie Rouy, 35 ans, accuse les prévenus de “crime”. Contaminée 14 ans plus tôt lors de son accouchement, c’est en fauteuil roulant qu’elle assiste aux débats et témoigne. 

En face, Laurent Fabius plaide l’ignorance. Les journalistes de l’AFP qui assistent au procès évoquent le “malaise” suscité par un président de Cour, Christian Le Gunehec, décrit comme un magistrat qui “maîtrisait mal les débats et connaissait insuffisamment le dossier”. Les témoins (conseillers ministériels, chercheurs …) sont rarement confrontés à des questions gênantes au point de donner “l’impression de se trouver plus devant un jury d’honneur que dans un prétoire”.

Sans surprise, le ministère public qui avait demandé un non-lieu pendant l’instruction requiert la relaxe tout en suggérant un “blâme public”. Le 9 mars 1999, Laurent Fabius et Georgina Dufoix sont finalement relaxés. Edmond Hervé est condamné mais dispensé de peine. Le jugement scandalise les victimes et alimente les critiques sur la Cour de justice de la République, juridiction d’exception et symbole d’une justice à deux vitesses. 

Quelques années plus tard, un ultime épisode judiciaire brise les derniers espoirs des victimes qui souhaitaient voir les responsables jugés et condamnés. En 2002, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris prononce un non-lieu général pour une vingtaine de conseillers ministériels ou responsables de santé publique, en poste à l’époque des faits. Une décision confirmée en 2003 par la Cour de cassation. 

Source : https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/il-y-a-20-ans-trois-ex-ministres-juges-dans-l-affaire-du-sang-contamine-1549465155

McKinsey, le cabinet qui dirige le monde (et la vaccination en France)

La Firme”, cabinet américain mandaté pour conseiller la France dans sa campagne de vaccination, s’est retrouvée sous le feu des projecteurs et des critiques. Mais c’est depuis bien longtemps qu’elle tisse la toile de son influence au plus haut niveau des multinationales, de l’État et des partis politiques. En particulier dans la Macronie. Enquête.

McKinsey. Mac quoi ? Quelques initiés connaissaient le nom de ce prestigieux cabinet de conseil. Depuis les révélations du Canard enchaîné et de Politico, ce patronyme, aux consonances écossaises, semble être sur toutes les lèvres : McKinsey épaulait le ministère de la Santé pour « cadrer et coordonner » la campagne de vaccination en France… Retenu avec d’autres cabinets en 2018 par le gouvernement, plus précisément la direction interministérielle de la transformation publique (DITP), dans un « marché centralisé d’assistance des projets de transformation de l’action publique » (100 millions d’euros de budget), l’exécutif ne détaille guère les missions du cabinet. McKinsey tient toujours à se montrer discret. Et pourtant, « la Firme », comme se dénomment avec leur légendaire humilité les 18 000 partenaires de 140 nationalités, étend son influence au sommet des États comme des grandes entreprises. Ses expertises pesées au trébuchet et ses comparatifs internationaux éclairants exercent encore une sorte de magnétisme. Sur la haute administration, si sensibles à ces présentations. Sur les administrateurs du CAC 40, désireux d’aller vite. Sur les directions d’entreprise, sensibles aux moindres détails. McKinsey sait parler la langue de son client, trouver les mots justes mais surtout diffuser des idées, voire l’idéologie du moment. Depuis les débuts de la mondialisation, les consultants de la firme mènent des missions où les réductions de coûts, la maximisation de profits, les process de productivité tiennent lieu d’objectifs suprêmes. La mayonnaise prend aux États-Unis, en Europe et, bien sûr, en France dans les entreprises et les activités publiques où les élites supposément cartésiennes en pincent toujours pour les schémas normatifs livrés clés en main. C’est donc tout naturellement que la route de McKinsey a croisé celle d’Emmanuel Macron.

Rencontre décisive : en 2007. L’austère artisan du développement du bureau de Paris (350 partenaires, 1 200 anciens), Éric Labaye, fréquente le jeune corapporteur de la commission Attali ; un aréopage de 41 membres fondé par Nicolas Sarkozy « pour libérer la croissance française » (1). « Pour nous épauler, par goût du bien public, McKinsey et Accenture (ex-Andersen) avaient mis à notre disposition trois ou quatre collaborateurs », révèle Jacques Attali. Macron avait rédigé notamment avec Karim Tadjeddine, l’actuel codirigeant de l’activité secteur public du bureau de McKinsey, 316 propositions « non partisanes ».

Un pays sous influence

En août 2014, vient pour lui le moment de passer de la théorie à la pratique. Nommé ministre de l’Économie par François Hollande, Emmanuel Macron autorisait la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric, client historique de McKinsey, et la fusion du parapétrolier Technip, autre client du consultant, à FMC Technologies, un groupe de Houston. Bercy quitté en août 2016, Macron candidat livrait dans Révolution (2) un programme très inspiré par la commission Attali. Il reprenait en substance une note de McKinsey de 2012, signée par Éric Labaye, suggérant au pays d’« améliorer le “coût du travail” » grâce à la flexibilité (lire encadré). Dans L’État en mode start-up (3), volume coordonné par Thomas Cazenave et préfacé par… Macron, Karim Tadjeddine soutenait que les gouvernements qui rationalisent leurs dépenses publiques sous l’impulsion de l’exécutif obtiennent trois fois plus de résultats. Magique ? Pas vraiment avec le recul. « L’arrivée au pouvoir d’un nouveau chef d’État en temps de crise représente le kairos par excellence » flagornait-il. Kairos : allégorie de l’occasion favorable que les Grecs représentaient sous l’apparence d’un jeune dieu ailé ! En coulisse, Tadjeddine, comme l’ont depuis révélé des mails publiés via les « Macronleaks », s’occupait aussi de devis liés au site web d’En Marche. Macron élu, les réformes forcément « systémiques » pouvaient démarrer. En 2018, sur proposition de la ministre des Armées, Florence Parly, Éric Labaye était promu président exécutif de l’École polytechnique. Le job de ses rêves et une consécration pour McKinsey.

Car l’histoire française du cabinet commence en 1964 en ciblant les polytechniciens, très influents dans l’industrie. Pour recruter ses clients, le bureau parisien organise un « Luncheon Group », groupe de déjeuners au cours desquels collaborateurs américains, français s’apprivoisent en pitchant, notamment le Défi américain de Servan-Schreiber. Bientôt, McKinsey-Paris travaille avec Thomson-Houston, Rhône-Poulenc, Lafarge, Pechiney, le Crédit lyonnais, Elf-Erap, L’Oréal, Renault, Usinor, Air France et… le ministère de l’Économie et des Finances. « Les réorganisations opérationnelles sur lesquelles les chances de se planter sont moindres, rapportaient plus que les missions dites stratégiques » confie un ancien. Président de la CFE-CGC, François Hommeril, ancien ingénieur de Pechiney, garde un souvenir amer du plan « Challenge » inspiré par McKinsey en 1996. « Ces consultants ont débarqué dans nos usines, nous ont intimé de réorganiser nos process industriels en dépit des lois de la physique et de la chimie. Lorsqu’ils sont partis, momentanément, notre bénéfice augmentait. Deux ans plus tard, il fallait procéder à investissements coûteux, pour réparer les dégâts qu’ils avaient faits. » La « consultocratie » comporte un risque pour toutes les parties. « Lorsqu’on entre chez McKinsey, on se sent pousser des ailes. Cette émulation exagère la perception de l’impact que l’on peut avoir sur la réalité. Les organisations sont appréhendées comme des robots qu’il conviendrait de réparer. Les dimensions politiques, sociales, culturelles tendent à être occultées » analyse un ancien de McKinsey. « Les avis de ces consultants peuvent être utiles, après on les écoute ou pas » relativise un ex-ministre de François Hollande. En tout cas, ils savent se démultiplier pour attirer l’attention.

« Ils vendent leurs lumières en cultivant assidûment les relations personnelles croque Duff McDonald, historien et journaliste, auteur de The Firm (4) une formidable somme. Ils sont très bons pour harponner une institution, un client et ne plus jamais le laisser filer. » Managers de substitution, ils endossent la paternité de plans sociaux que des exécutifs rechignent à assumer. Dans le privé comme dans le public. Ainsi, au Royaume-Uni, premier laboratoire européen, McKinsey a réorganisé la Poste britannique, serré la vis de la BBC, ou encore préparé la privatisation des chemins de fers. En Allemagne, où la firme mobilise plus de 1 500 consultants, elle a assisté jusqu’à 27 grandes entreprises ! « Rien ne se passe en Allemagne sans que McKinsey ait été consulté » relevait d’ailleurs dès 1987, Edzard Reuter, ex CEO de Daimler-Benz.

La méthode McKinsey

Mais le savoir-faire ne se résume pas à l’art de miser sur le bon cheval politique, ni à un solide carnet d’adresses constitué au rythme des petits-fours. Non, il faut une méthode, des enquêtes de terrain, des mémos ceinture et bretelles. « Aux managers qui naviguent sur un océan d’incertitudes, McKinsey offre ainsi une boussole », décrypte Duff McDonald. Car ces cost killers justifient les restructurations qu’ils proposent par des benchmarks (des comparaisons) confidentiels, construits au fil de leurs missions, chez les concurrents.

Ce type d’instruments ne s’emploient pas seulement dans l’univers managérial mais aussi dans l’éducation. Un des domaines qui a connu depuis deux décennies une pression permanente allant dans le sens d’une uniformisation croissante à travers ce fameux benchmarking des différents systèmes scolaires. C’est le rôle des désormais fameuses enquêtes Pisa de l’OCDE, qui mesurent les capacités des jeunes de 15 ans en compréhension écrite, en mathématiques et en sciences dans plus d’une soixantaine de pays. Or cette masse de statistiques donne lieu à des recommandations de réforme. Et c’est là qu’intervient le cabinet McKinsey, en fournissant, à intervalles réguliers, ses commentaires et suggestions pour faire de l’éducation une arme dans la grande compétition mondiale. Ces rapports sont généreusement offerts aux gouvernants pour guider leur programme, ce qui explique qu’on retrouve à peu près les mêmes obsessions dans tous les pays occidentaux. Les recommandations de McKinsey proposent de s’aligner sur la Finlande ou le Canada, leur absence de redoublement (ça tombe bien, c’est moins cher), leurs pédagogies constructivistes et leur organisation autour des « compétences » pour mieux développer au mieux son « capital humain ». Certains pays, comme la Belgique, s’appuient d’ailleurs officiellement sur les conseils de McKinsey pour réformer leur système éducatif. Dans la mise en concurrence généralisée du monde, l’école ne sert pas à former des hommes libres mais des individus performants, et McKinsey y veille.

“Agilité” et Big Data

En fait, tout secteur, toute société, toute administration demeure « McKinsable ». Par « mondialisation heureuse », McKinsey présente aux patrons, pressés d’étendre leur empire en Asie et au Brésil, de croquer un compétiteur, des Pygmalion locaux. « À ce niveau, ils sont les seuls en lice, salue McDonald. Leur réseau est si global qu’il se renforce année après année. Car enrôler McKinsey procure aussi des avantages sans lien direct avec les contributions des consultants. Il démontre que vous avez les moyens de vous offrir leurs services. » Le président Macron le sait bien, et mobilise dès qu’il le peut, l’aura de la Firme : le 22 mai 2018, parmi 50 Big Boss, il accueillait Kevin Sneader, le nouveau patron de McKinsey, flanqué d’Eric Hazan (McKinsey Digital France), seul consultant en stratégie convié. Réinvité le 21 janvier 2019, à Versailles, pour le sommet Choose France, McKinsey promettait d’embaucher 100 nouveaux consultants.

À l’heure de l’intelligence artificielle, la firme met en avant ses 5 000 profils technologiques au niveau mondial, et sa capacité à travailler de larges séries de data qui lui permettraient de définir les grands enjeux sociétaux dans dix ans. Ces compétences augmentées ont permis au cabinet de décrocher, en juin 2018, une timbale tricolore : le lot 1 du marché centralisé d’assistance des projets de transformation de l’action publique : « Concourir à la stratégie des politiques publiques de différents ministères », Travail et Santé étant les plus gros consommateurs de ces missions. Cherchant à se fondre dans le paysage, McKinsey plante son drapeau un peu partout. Il s’associe ainsi avec des « locaux » comme Alixio créé en 2010, par Raymond Soubie, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. À Lyon, le cabinet a créé une filiale baptisée Orphoz qui phosphore notamment sur la réorganisation de l’hôpital de la Timone à Marseille. Sur le front de la jeunesse, avec « Génération France », déclinaison de sa fondation de social-business, McKinsey propose même aux 19-30 ans, deux formations gratuites, visiblement appréciées (« Customer Care » de quatre semaines, Programmeur Full Stack de seize mois, dont 15 en alternance). Deux spécialistes de l’engagement sociétal des entreprises et anciens de McKinsey ont rejoint en 2020 le ministère du Travail. La présidentielle de 2022 approche.

(1) Rapport de la commission pour la libération de la croissance française, Jacques Attali, la Documentation française 2008.

(2) Révolution de Emmanuel Macron, XO.

(3) L’État en mode Start up de Yann Algan et Thomas Cazenave, Eyrolles.

(4) The Firm, de Duff Mc Donald, One World.

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Ils y sont passés :

– Dans les grandes entreprises :

LVMH : dans la famille Arnault, McKinsey est un passage obligé. Trois des enfants de l’homme le plus riche de France (Delphine, Alexandre et Frédéric) sont passés par le cabinet ami. Même au sein du comité exécutif de LVMH, une expérience chez McKinsey est appréciée : Jean-Baptiste Voisin, directeur de la stratégie, et Serge Brunschwig, le PDG de Fendi, sont des anciens de la firme.

BlackRock : après s’être fait débarquer d’Engie en 2014, Jean-François Cirelli trouve refuge chez McKinsey. Un passage salvateur : quelques mois plus tard, il devient le PDG France de BlackRock, géant de Wall Street.

Axa : après trente ans chez McKinsey, Georges Desvaux est nommé en 2019 directeur de la stratégie et du développement d’Axa.

– Dans les grandes écoles :

Polytechnique : président de l’X depuis septembre 2018, Éric Labaye fut membre du comité de direction mondial de McKinsey durant huit années.

– Dans les partis politiques :

LREM : chez McKinsey de 2007 à 2014, Paul Midy (transfuge de l’UMP) est désormais le directeur général d’En Marche. Un poste clé. De son côté, Mathieu Macourt (de 2011 à 2016 chez McKinsey), responsable « argumentaire » durant la campagne d’Emmanuel Macron, est devenu directeur de cabinet au Haut-Commissariat à l’emploi et à l’engagement des entreprises.

PS : adjoint à la maire de Paris chargé du handicap, Jacques Galvani a passé quatre années chez McKinsey à la fin des années 1990. Il est un ancien membre des Gracques, haut lieu du social-libéralisme.

Ils y sont encore et font les décisions :

– L’influenceur : Karim Tadjeddine, patron du pôle service public à Paris, est l’ami d’Emmanuel Macron. Il a participé à l’ouvrage l’État en mode start-up qui guide l’action du président.

– L’exécutant : Maël de Calan, ancien conseiller d’Alain Juppé, travaille chez McKinsey depuis 2018. À ce titre, il a présenté la méthode de stratégie vaccinale du gouvernement en décembre 2020.

– Le donateur : selon les « Macron Leaks », Eric Hazan, directeur associé senior chez McKinsey, figure parmi les premiers grands donateurs d’En Marche.

 

Pour évoquer les relations entre le cabinet et l’État, un ancien ministre de l’industrie, Roger Fauroux, avait une blague : lorsqu’un membre du gouvernement arrive à une réunion avec un rapport de McKinsey, il se prend pour « Moïse redescendant de la montagne avec les tables de la loi ». Vingt ans ont passé, peu a changé : les réformes soufflées à l’oreille du gouvernement  par le cabinet sont légion.

Avec la RGPP, tu raboteras le budget de l’État

Entre 2007 et 2012, sous Nicolas Sarkozy, McKinsey concourt à la RGPP, la révision générale des politiques publiques, émettant avec son concurrent Accenture près de 49,19 millions d’euros de factures. Ça tombe bien, le patron de la Direction générale de la modernisation de l’État (DGME) n’est autre qu’un trentenaire X-Ponts, François-Daniel Migeon, un ancien de chez McKinsey. La RGPP se traduit par un rabot budgétaire à tous les niveaux de l’État.

Avec le plafond des indemnités, tu feras plaisir au patronat

En 2012, dans une publication de Mckinsey – France Labor Market 2020 Éric Labaye, le patron du bureau parisien, pond un plaidoyer pour une « amélioration » du coût du travail et sa flexibilisation. Un autre ouvrage reprenant le catéchisme libéral ? Ce missel va servir de trame à un texte de loi signé en 2014 par Emmanuel Macron alors à Bercy. Cette loi pour l’activité et la croissance économique prévoyait par exemple le plafonnement des indemnités accordées par les tribunaux prud’homaux aux salariés licenciés abusivement. Elle est retoquée par le Conseil d’État mais le plafonnement revient par la fenêtre avec les ordonnances de 2017 de Macron désormais président.

Avec la politique de l’offre, tu créeras un million d’emplois

Lors de la première moitié des années 2010, la mode est aux « réformes structurelles » qui visent à flexibiliser le marché du travail, à baisser les charges et les impôts des entreprises et à réduire la dépense publique. Le Medef y croit dur et lance même un pin’s floqué de cette promesse : « Un million d’emplois ». McKinsey est chargé d’une étude prouvant la faisabilité de cet ambitieux objectif destiné à vaincre le chômage. Ses meilleurs consultants phosphorent alors plein tube. « Ces ingénieurs, certes brillants, ne raisonnent qu’en faisant des équations » explique un ancien du cabinet d’audit. Qu’importe la réalité économique, l’étude est envoyée au journal les Échos qui en fait sa manchette. La guerre de communication est gagnée.

Source : https://www.marianne.net/politique/gouvernement/mckinsey-le-cabinet-qui-dirige-le-monde-et-la-vaccination-en-france

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